La Chine est mal connue. En dépit de l’importance considérable que joue la Chine sur la scène internationale, notre connaissance de la Chine est finalement limitée à quelques clichés qui mériteraient d’être interrogés et qui traduisent les angoisses suscitées en Occident par l’éveil chinois. Surtout, dans ces clichés la géographie occupe une faible place et l’Empire du Milieu reste pour beaucoup une terra incognita. Dans ce contexte, on se reportera avec profit au dernier ouvrage de Thierry Sanjuan, l’Atlas de la Chine, les mutations accélérées publié chez Autrement dans lequel il brosse un tableau fidèle et complet de la Chine d’aujourd’hui. C’est donc par la géographie et par les cartes que l’on entre dans les évolutions actuelles de la société chinoise.
L’ouvrage commence par des mises au point utiles sur la construction nationale, de l’Empire du Milieu à la République populaire, ainsi que sur les héritages culturels (notamment religieux) qui expliquent aujourd’hui les modes d’être et de penser des Chinois.
Il se poursuit par l’analyse des mutations (accélérées comme l’indique le titre de l’atlas) que connaît aujourd’hui la société chinoise : la démographie, l’enseignement, la santé, la criminalité sont successivement convoqués. Thierry Sanjuan revient aussi sur les structures d’encadrement (multiples et complexes) qui régissent la vie en société et organisent la censure (notamment dans les médias et sur la toile). Signe des évolutions du pays, l’auteur consacre également une double page aux pratiques touristiques des Chinois.
Ces mutations sociales profondes ont des impacts sur l’organisation territoriale. L’ouverture à l’économie mondialisée entraîne l’essor des régions littorales (déjà développées) au détriment de l’intérieur, plus rural. Cela aboutit à de fortes disparités régionales qui remettent en cause l’unité même du territoire, aussi bien en mettant fin au modèle rural hérité, qu’en portant atteinte à l’environnement.
Ce sont donc les villes qui sont les grandes bénéficiaires de ces évolutions : elles captent l’essentiel de la population et connaissent une modernisation sans précédent. Les métropoles chinoises - Pékin, Shanghai et Hong Kong, toujours doté d’un statut spécial - se densifient, s’urbanisent et voient leurs paysages changer, tout en gardant certaines spécificités. Ainsi, Pékin conserve ses fonctions politiques, Hong Kong son rôle de carrefour asiatique alors que Shanghai incarne la modernité du modèle chinois. Ces évolutions ne doivent pas masquer la situation des périphéries, habitées par les ethnies minoritaires et connaissant des problèmes spécifiques, comme le Tibet, le Xinjiang ou Taiwan qui est toujours revendiqué par Pékin.
L’ouvrage se clôt par une réflexion sur la place de la Chine dans le monde. La puissance économique est confrontée aux défis énergétiques et géostratégiques : elle ne dépend plus seulement de l’industrie et la Chine entend aujourd’hui peser sur les grandes questions internationales.
Cet Atlas de la Chine apporte donc du grain à moudre pour comprendre ce qui se joue en Asie. Le principal intérêt de l’ouvrage réside dans les échelles d’analyse retenues qui recadrent les thèmes traités aux échelles locales, nationales et internationales.
Compte rendu : Yann Calbérac
