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Rédacteurs(s) du texte: Guillaume Marchand
Numéro du document: 1243
Date de publication: 3 février 2008
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Des films
No country for old men (Ethan et Joel Coen)

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Dernier film en date des frères Coen, duo de cinéastes nord-américains vénérés pour leur filmographie ô combien passionnante, No country for old men (Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme) est leur première adaptation d’une œuvre littéraire, ici le best seller de Cormac McCarthy (2005). Voulu comme un film nihiliste sur la condition et la violence humaines, No country for old men narre le destin croisé de trois personnages. L’action est posée au sein de trois grands types d’espaces opposés, filmés par de longs panoramiques et plans-séquences d’une beauté à couper le souffle.

A la suite d’un règlement de compte sanglant en plein désert du Nouveau Mexique, un cow boy moderne, Llewelynn Moss (interprété par Josh Brolin, vu récemment dans American Gangster), s’empare d’un magot convoité par un tueur sanguinaire (Javier Bardem), allégorie de la violence du monde moderne. Avec eux, Tommy Lee Jones interprète un sheriff anachronique, en prise avec les réalités violentes de notre société.

Trois espaces sont en confrontation : les voyages de ces trois personnages ont lieu à travers l’espace sans horizon du désert du Nouveau Mexique, la ville de Las Vegas et, enfin, à travers la frontière américano-mexicaine. Un croisement de trois destins aux finalités différentes sur trois espaces, allégorie de notre société, noire, violente et réflexion sur l’être humain. Le choix de ces trois types d’espaces n’est pas anodin. Le désert du Nouveau Mexique, territoire a priori sans limites définies, est le lieu de rencontre des trafiquants de drogue donne à sentir la solitude du cow boy moderne. Il remet en question la notion des mythes fondateurs du western. Mais cette référence va se trouver modifiée avec l’apparition du personnage violent du tueur.

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Les espaces des plaines de l’Ouest et le désert du Nouveau Mexique permettent aux frères Coen d’illustrer la solitude des personnages par rapport à une société qui les dépasse. Le choix d’un espace sans horizon pose la question d’un monde sans âme, si ce n’est violente, à partir duquel le personnage du cow-boy sera confronté dès qu’il sera en possession du magot abandonné par les trafiquants.

Ensuite, à la manière de Trois enterrements de Tommy Lee Jones, les frères Coen posent la question de la frontière entre Etats-Unis et Mexique. Le lieu de la peur de l’Autre, de l’incompréhension. En situant l’histoire au début des années 1980, époque où le trafic de drogue se développe à la frontière, les réalisateurs posent les rapports entre deux pays voisins par le biais de l’illégalité et des conséquences que cela peut entraîner. La frontière exprime l’idée d’une société qui se replie sur elle-même. L’absurdité de la frontière trouve son paroxysme lors de la scène où le cow-boy se débarrasse de son magot en le jetant dans le marécage qui se trouve à la limite entre les deux pays.

Si on effectue un parallèle avec Trois enterrements, on retrouve la dualité entre, d’un côté une société américaine lâche, vulgaire, violente et de l’autre une société mexicaine fraternelle, bonne vivante lorsque le cow-boy, blessé, se réveille justement de l’autre côté de la frontière étatsunienne au son de la musique populaire et traditionnelle mexicaine, par ailleurs seul élément musical du film.

Enfin, le troisième espace des frères Coen, c’est la ville. La ville texane si reconnaissable avec ses drugstores, sa population coiffée du stetson. La ville est mise en scène de manière duale, avec la ville le jour comme lieu de rencontre entre le shérif Bell et la femme du cow-boy, mais aussi espace de confrontation entre le tueur et la population ; et la ville la nuit comme espace d’affrontement violent entre le cow-boy et le tueur. Cette perception de la ville la nuit fait référence à la fuite en avant vers une liberté impossible car le cow-boy, même la nuit, est poursuivi sans relâche par le tueur.

Ces trois espaces sont trois figures d’un drame marqué par l’absence d’échappatoire. Le titre du film fait référence à ce cloisonnement des personnages et à leur confrontation : inspiré du premier vers d’un célèbre poème de Yeats, Sailing to Byzantium : « That is no country for old men ». Ici pas question de trouver Byzance à la fin, le personnage du shériff ne trouve que violence et incompréhension, il se réfugie chez son frère dans le désert, espace qui permet au personnage de se retrouver face à lui. En dépeignant une Amérique rurale, rude métaphore d’un espace sans horizon, les frères Coen posent aussi une question d’ordre politique avec la frontière comme barrière implacable et, en même temps, révélatrice d’une nouvelle perception de l’Autre. En dernier lieu, on peut voir dans ce film une confrontation conceptuelle entre des espaces vastes non définis matériellement, hormis la frontière, et le cloisonnement des personnages tout au long du film.

Finalement, l’approche en trois temps des frères Coen, une justification postmoderniste affichée - on pense à L’homme spatial de Lussault -, une réflexion sur l’être humain prise dans sa relation à l’espace, couplée à une maîtrise totale du Septième art, tout cela donne à No country for old men de bouleverser notre jugement sur l’Autre et remet en question la notion de barrière matérielle créatrice de confrontations.

Compte-rendu : Guillaume Marchand (étudiant en Master à Paris-Sorbonne)

Pour aller plus loin :
-  Trois enterrements (Tommy Lee Jones)


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