
Conakry, près du rond point Almamy Samory Touré. Ce jeune homme vend des cartes de recharges téléphoniques et profite des encombrements fréquents de la capitale guinéenne pour les proposer aux automobilistes. Comme lui, de nombreux jeunes gens vendent les cartes des différents opérateurs téléphoniques aux quatre coins de la ville. On peut recharger son téléphone avec 5 000 ou 10 000 Francs Guinéens (1 ou 2 euros environ).
En Guinée, la téléphonie mobile s’est énormément développée depuis le début des années 2000. Alors que de nombreux foyers n’ont pas l’électricité, presque tout le monde a un téléphone portable. Le téléphone fixe n’existe pas, ou peu, car il suppose des infrastructures trop lourdes et des factures régulières. Le téléphone mobile, lui, ne nécessite que des antennes relais et les clients, grâce aux cartes prépayées, ne consomment que lorsqu’ils en ont les moyens.
L’Afrique représente un territoire à conquérir pour les compagnies de téléphonie qui se battent pour y acquérir des parts de marché. En Guinée, c’est l’Etat qui attribue les licences d’installation aux opérateurs. Ensuite, c’est la loi du marché qui joue. En ce moment à Conakry, on assiste à une concurrence acharnée entre deux nouveaux opérateurs Areeba (groupe géré par des investisseurs libanais, installé depuis 2006) et Orange (capitaux franco-sénégalais, en Guinée depuis 2007). Ils s’affrontent à coup d’évènements commerciaux, de spots publicitaires à la radio et d’affiches dans les rues de la capitale guinéenne. Areeba et Orange investissent dans le pays pour offrir une couverture téléphonique large, alors que les deux premiers opérateurs guinéens, Sotelgui et Intercel, fonctionnent surtout à Conakry mais beaucoup moins bien dans l’intérieur du pays. Areeba, par exemple, se vante de couvrir toutes les préfectures de Guinée, que ce soit dans le Fouta Djalon, en Guinée forestière ou en Guinée maritime.
Pour le consommateur, cette concurrence a entraîné une baisse des prix, à la fois de la puce téléphonique, mais aussi de l’objet téléphone portable. Début 2006, lors de mon premier séjour, il était très difficile de trouver une puce de téléphone à Conakry et elles valaient près de 80 euros, soit plus de 500 000 Francs Guinéens (FG). En juillet 2006, j’ai pu acheter une puce Areeba à 35 000 FG et en janvier 2007, le prix de la puce était tombé à 6 000 FG. Du coup, les vendeurs de rue vendent de plus en plus de cartes prépayées et depuis très peu de temps vendent également des puces de téléphone. Quand je demande aux gens leur numéro de téléphone, il n’est pas rare qu’ils m’en donnent deux ou trois !
Hélène Simon-Lorière
