Photographie banale que celle-là ! Vraiment ? Depuis quelques années, les centres qui proposent simultanément zones d’activités commerciales, offres de loisirs et ambiances ludiques sont les nouveaux archipels périphériques, les périphéries conquérantes des grandes métropoles européennes et nationales de Londres dans l’East End londonien à Aix en Provence.
En 1998, à Montpellier, la Mairie a décidé la construction d’un espace ludo-commercial de 48 000 m2, l’Odysseum, qui poursuivrait l’urbanisation vers la mer après les opérations Antigone et Port Marianne (qui vaudraient bien elles aussi une carte postale). C’est tout d’abord le cinéma multisalles (16 au total, en arrière plan) qui a été en premier inauguré en 1998. Puis, la patinoire, le planétarium (répondant au doux nom de Galilée), l’Aquarium (inauguré en décembre 2007), mais aussi les restaurations rapides (Mc Donald, les Trois Brasseurs, Route 66, Planet Asie... ) et enfin le géant suédois Ikéa en 2005 sortent de terre. Pour les instances municipales, cette opération d’aménagement est conçue comme un prolongement naturel du centre-ville. De quel centre ville parle-t-on ? Celui où les rues sinueuses partent de la place de la Comédie ? ou celui qui commence au Polygone ? La photographie est assez expressive de ce point de vue. L’artificialisation, le gigantisme du projet contraste singulièrement avec le vieux Montpellier.
Ces réalisations sont au cœur d’un aménagement majeur pour en favoriser l’accessibilité. Au pied du multiplexe Gaumont se trouve le terminus du Tramway qui irrigue la ville jusqu’à la Z.U.P. de la Paillade mais aussi les terminus de plusieurs lignes de bus suburbaines et départementales. L’autoroute A9 comme la rocade se trouvent à proximité. La mobilité accrue des populations est ainsi prise en compte, tout d’abord à l’échelle de l’agglomération (le tramway permet aux personnes faiblement motorisées, les étudiants par exemple, de pouvoir se déplacer) puis à l’échelle de la Région. Il dispose d’un emplacement stratégique entre une métropole de près de 500 000 habitants et un littoral qui accueille plus de 600 000 touristes pendant les mois d’été.
Le projet Odysseum est toujours en voie de réalisation. Des murs se construisent un peu partout (voir le lien Google Earth en fin d’article) à proximité de fontaines aux motifs hellènes, qui peuvent être considérées comme une manière de capter les "repères" des Anciens pour donner de l’héritage à du neuf, pour aussi rappeler les grands projets urbanistiques antiques.. Cette déterritorialisation, ces « non-lieux » définis par Marc Augé comme étant des espaces contractuels, sont pensés et aménagés, sans pour autant avoir d’identité propre. En témoignent les branches des palmiers au milieu de la bétonnisation environnante. L’être humain n’existe plus que par sa capacité à trouver ses repères dans ce « monde » réinventé.
Jean-Philippe Raud Dugal
Pour aller plus loin :
On portera attention à la description du projet par le site de l’Agglomération de Montpellier : « Odysseum, cœur de l’Agglomération »
On pourra aussi avoir une vue d’ensemble du projet sur Google Earth et s’interroger et sur la rupture du continuum urbain et nous questionner sur la notion de centralité et d’urbanité et son rapport à l’ancien.
