Mettre en cartes plus d’un milliard d’habitants n’est pas chose facile. Pari gagné avec ce nouvel opus d’une collection d’atlas décidément remarquables. Après L’Atlas de Chine paru l’an passé, celui-ci vient nourrir une littérature sur l’Inde contemporaine jusque là très limitée en français. Sur la forme, il faut saluer la qualité de la cartographie signée Guillaume Balavoine. La sémiologie graphique est très claire malgré le petit format des cartes et la finesse des unités spatiales. Les sources statistiques, souvent très originales (comme celle de l’Assemblée nationale indienne), permettent une cartographie de thèmes très rarement abordés ailleurs (depuis les entreprises à participation étrangère jusqu’à la théiculture, en passant par les résultats électoraux ou l’importance accordée à chaque lieu par les guides touristiques). Les illustrations sont bien commentées, permettant d’utiles allers et retours entre texte et image. On aime moins les citations trop elliptiques dans les cercles noirs. De nombreuses cartes sont à l’échelle des 593 districts, voire des 1950 agglomérations supérieures à 20 000 habitants, ce qui permet une grande finesse d’information sans que la lisibilité soit remise en cause. Des jeux d’échelle, du planisphère à la ville, illustrent l’entrée de l’Inde dans la mondialisation.
L’atlas met en effet l’accent sur la nouvelle Inde contemporaine. L’informatique, les entreprises mondialisées, les investissements étrangers se voient accordés une place de choix, même si les campagnes sont loin d’être ignorées. Le sous-titre de l’atlas (« Une fulgurante ascension ») apparaît même un peu réducteur étant donné la quantité de problèmes auxquels doit faire face le pays, loin d’un véritable « développement fulgurant » (p.4). C’est le seul regret : rien sur l’essor des révolutionnaires naxalites, ou sur l’importance du secteur informel. L’absence de plan de maison, de quartier ou de village ne permet pas de voir tout à fait vivre l’Inde de l’intérieur, dans son quotidien. Mais il s’agit là d’un choix tout à fait respectable étant donné les limites de taille du volume : on trouvera à la place un graphique sur les entreprises indiennes dans la zone franche de Djebel Ali à Dubaï, ou le pourcentage d’entreprises publiques dans les 1950 agglomérations cartographiées. Autant d’informations passionnantes, sur lesquelles on peut rester de longues minutes tant l’illustration est riche à décrypter, et qui témoignent toutes à leur manière de « l’émergence » de l’Inde. Il s’agit là d’un énorme ouvrage en dépit de sa taille limitée, utile aux étudiants, enseignants, entrepreneurs comme à tout honnête homme.
Compte rendu : Frédéric Landy
