Le développement durable entre dans le débat. Alors que la planète est jugée comme une grande malade du réchauffement climatique, des pollutions et des exactions humaines, s’est mis en place un « nouveau système de pensée et de croyance, qui se révèle à la fois élitiste, discriminant et régressif ». Voici donc le diagnostic sur une « Planète mythifiée » qui a été sanctifiée, à l’origine de ce que Sylvie Brunel appelle un nouvel apartheid mondial.
Ce cri de géographe naît d’un constat : le développement durable est devenu un business profitable aux acteurs de la mondialisation qui savent jouer de la peur. Des acteurs auxquels S. Brunel reproche de vouloir sauver la planète plutôt que l’humanité. En digérant l’écologie par une production propre, le capitalisme mondialisé a écrit un nouveau catéchisme « éco-citoyen ». Mais peut-on croire qu’il suffira à permettre à tous les humains de vivre dans de meilleures conditions ?
D’où la question d’un concept qui serait « impérialiste ». C’est une question qui n’est pas de trop lorsqu’on plonge dans les racines d’une dernière mondialisation rondement menée par les Etats-Unis, tous imprégnés de wilderness qui paraît l’horizon radieux indépassable de la conférence de Rio, en 1992. Avec les ONG comme missionnaires de cette nouvelle bonne parole - où l’on voit même des Eglises anglicanes prôner pour Pâques 2008 un « jeûne de carbone »...
Nous ne dévoilerons pas toute la charge que Sylvie Brunel déploie contre le développement durable : durable pour qui ? Durable pour quelle « Nature » qui serait bienveillante... Mais nous retiendrons l’argumentaire qui ferait de l’Afrique le « laboratoire du développement durable ». Quant au sempiternel global change, et les jolies formules à charge de S. Brunel comme la « guerre froide du climat », il fait entrer tout un pan de nos peurs dans la recherche. Et, en particulier, une sournoise peur de la Chine.
Cet essai dessille nos regards embrumés par l’idéologie et donnent à la géographie de faire un diagnostic de qualité sur l’une des questions les plus controversées de notre époque.
Compte rendu : Gilles Fumey
