Obtenir la nationalité belge et se constituer un capital pour réaliser son rêve, celui d’acheter un snack à Liège, avec Sokol, l’homme qu’elle aime, tels sont les objectifs de Lorna. Mais lorsque l’on est albanaise, tout se complique.C’est la trame du dernier film des frères Dardenne, Le silence de Lorna qui a obtenu le Prix du scénario au Festival de Cannes.
Fidèles à eux-mêmes, les Dardenne continuent d’exploiter les thèmes qui leur sont chers, ceux qui concernent notre monde où le profit anéantit l’âme humaine. Leur film porte ici sur les filières illicites de la clandestinité, des mariages blancs pour accéder au « rêve européen ». C’est de cette façon que Lorna obtient la nationalité belge, en épousant Claudy, un jeune drogué que lui a présenté Fabio, un chauffeur de taxi, spécialiste en organisation de mariages blancs, sur lesquels il prélève une commission.
Pour acquérir le capital de son futur snack, elle accepte ensuite la proposition de Fabio : épouser un Russe qui veut, lui aussi, obtenir une nationalité européenne.Mais elle est mariée, il faut trouver une solution pour qu’elle soit à nouveau libre de convoler... sera-t-elle veuve ou divorcée de Claudy ? C’est le nœud du film. Lorna est-elle prête à tout pour échapper à la pauvreté ?
Comme un lancinant leitmotiv, les billets de banque sont le fil de tout le scénario ; ils sont comptés, échangés, enfouis dans une enveloppe, dans une poche, dans un sac ou encore dans une cache provisoire. L’argent est au centre de toutes les préoccupations. Et c’est un peu le message que veut nous délivrer les frères Dardenne, celui d’un monde où l’argent et la corruption détruit l’homme.
Il y a finalement beaucoup de géographie dans Le silence de Lorna. C’est un film sur l’Europe de Schengen, sur les réseaux qui se construisent dans la clandestinité et sur les multiples trafics illicites entre les Nords et les Suds de l’Europe. C’est aussi un film sur les nouveaux esclaves de la Terre. Sokol, l’homme que Lorna aime travaille en Italie ; on le voit à peine mais on comprend en quelques mots que son travail est très dur (dans les déchets radioactifs) mais qu’il est bien payé. On est tenté de rapprocher le travail de Sokol à celui des mineurs au XIX°siècle. « Pour finir, il faut que Lorna s’évade dans la forêt des frères Grimm, portant en son sein une enfant posthume et imaginaire auquel elle délègue un salut qu’elle n’espère plus pour elle-même » [1].
Le silence de Lorna est un grand film proche d’un documentaire sur la violence de notre monde pour les pauvres de la planète.
Compte rendu : Christiane Barcellini
[1] A. Masson, Positif, septembre 2008.
