Pour célébrer les 75 ans de la mise en service du pont du port de Sydney (que nous appellerons par commodité « Sydney Harbour Bridge »), les éditions de l’Université de Nouvelle Galles du Sud ont fait paraître un magnifique objet. Cet ouvrage vaut autant par ses explications que par ses photos. Connaître l’histoire du Sydney Harbour Bridge c’est entrer dans l’intimité de la ville, en comprendre ses formes, ses divisions et son unité. Plus encore que l’Opera House, le pont est le symbole de la métropolisation de la ville.
L’idée de la construction d’un pont liant les deux rives de la ville fut exprimée peu après la création de la ville. Cette cité connaissait l’utilisation des transports en commun avec l’utilisation des ferries qui s’avérèrent, à la fin du 19° siècle, surchargés et dangereux. Des tonnes de marchandises devaient traverser quotidiennement le port et le trafic des cinq compagnies de ferries était saturé. La métropole tenta de s’organiser autour d’un plan général conçu par Bradfield. C’est cependant en 1922 après la douloureuse épreuve de la guerre que le Sydney Harbour Bridge Act fut pris couplant la construction du pont avec l’électrification des quartiers périurbains.
Au-delà du choix de son design, de ses arches, c’est le symbole d’une nation qui se construit sous les yeux ébahis de la population. Les démolitions de centaines de maisons, le remodelage urbain commencèrent avant même la construction du pont. Le centre de gravité de la population se concentra vers les frontières nord de Sydney. C’est une opération mondialisée avec un bureau d’étude anglais, de la main d’œuvre qui vient du monde entier et plus particulièrement d’Ecosse et des importations de tonnes d’acier de nombreux pays.
Pourquoi alors, plus encore que l’Opera House, le Sydney Harbour Bridge symbolise Sydney ? Il faut chercher la réponse dans le jeu des acteurs qui ont participé à son inauguration, à la période de crise économique mondiale et l’espoir que représentait ce pont pour stimuler le commerce et les affaires. L’inauguration rassembla près de un million de personnes à tel point que l’auteur décrit la ville en ces termes éloquents ; « A city of deserted suburbs ». Malgré la Dépression, les australiens étaient bien décidés à fêter leur entrée dans le « club des grands ». Le pont compléta son attrait avec l’ouverture de lignes de trains et la mise en place d’un péage certes modique mais qui fit couler beaucoup d’encre. Les informations sur le passage du Sydney Harbour Bridge est unique en Australie, nous permettant de voir les changements majeurs dans l’utilisation des transports publics et de la voiture individuelle tout au long de ces 75 dernières années. La construction récente d’un tunnel a réduit de manière significative la congestion du passage mais cet équilibre est fragile avec l’extension urbaine, le déplacement des activités vers les zones périphériques.
Copié à des fins mercantiles pour des publicités, des assiettes ou des vases, le Sydney Harbour Bridge fut aussi une source d’inspiration pour les artistes australiens qui lui consacrèrent de nombreuses illustrations et peintures. Le lecteur suit pas-à-pas la construction, lente, surhumaine, du pont grâce à la qualité du récit de l’auteur et sa capacité à avoir regroupé des photographies et des plans de très bonnes qualités.
Compte-rendu : Jean Philippe Raud Dugal
