Après avoir visité les Etats-Unis dans les années 1920, E.O. Hoppé effectua un trajet en Australie en 1930 en pleine crise économique. Avec l’intention de rester quelques mois. Mais, il fut si profondément marqué par la richesse culturelle du « Cinquième Continent » (du nom de l’ouvrage qu’il publia) qu’il resta environ une année prenant environ 3 300 photos. Au moment où Hoppé était en Australie sa réputation était à son zénith. Le résultat fut une enquête fascinante qui explore l’Australie urbaine comme rurale passant de Sydney à Melbourne, de Perth à Adélaïde, et à l’Outback.
Les photographies les plus spectaculaires sont incontestablement celles de Sydney. Témoin de l’urbanisation galopante et des problèmes inhérents à une urbanisation mal maîtrisée dans cette terre nouvelle d’immigration, Hoppé, comme ses photos d’Amérique le laissaient percevoir, fut d’emblée fasciné par la construction du Harbour Brigde qui devait relier le Nord au Sud de la Baie. Avec celles de Harold Cazneaux, à qui la Galerie de la Nouvelle Galles du Sud a consacré récemment une rétrospective lors de la Biennale de l’art 2008, elles représentent le mieux le défi incroyable que constitua la construction du pont pendant la première crise économique mondiale.

Photo : View from Adyar House of the Sydney Harbour Bridge under Construction, 1930 Hoppé’s Australia published by W.W. Norton
Il expose ainsi sa vision d’une Australie en train de s’intégrer dans le cercle restreint des pays industrialisés. Il photographia les câbles, les étapes de la construction en variant les approches et les prises de vues depuis les tenments de the Rocks (la première rue du Sydney colonial autrement appelée George Street), les docks de Woolloomooloo ou de Circular Quay. De plus, l’enquête de Hoppé agit comme un révélateur du tissu social de la ville. Une société de loisirs symbolisée par les très belles photographies prises sur la plage de Bondi au Sud-Est de la ville, la foule aux champs de course ou lors des manifestations événementielles.

Photo : A cluster of bathers, Bondi Beach, Sydney, 1930. Hoppé’s Australia published by W.W. Norton
Mais, ce sont les portraits des habitants et les clichés des habitations qui insistent sur l’hétérogénéité entre les classes sociales. Hoppé se mue ainsi en journaliste et en ethnologue qui raconte l’histoire de la diversité des origines des « sydneysiders » et de leurs conditions de vie.
Comme tous les grands photographes, les meilleures réalisations nous permettent de nous laisser porter par notre imagination. Nous pouvons, grâce aux photographies de Hoppé, aisément deviner l’invisible. Ainsi, les portraits des tributs aborigènes nous donnent à deviner leurs conditions de vie, loin d’être une priorité nationale juste avant les crimes de la « lost generation ». Faisant de la sorte, il évoqua indirectement les stigmates de la colonisation britannique. De plus, ses clichés à Canberra, en Tasmanie ou dans l’Outback (ce que beaucoup appellent le bush) nous donnent à voir l’immensité du « Cinquième Continent « que des hommes s’évertuent à mettre en valeur. Bûcherons, mineurs, immigrés Asiatiques ou Afghans, empaqueteurs de laine de moutons ou agriculteurs, la diversité des conditions et des origines nous permet de comprendre l’aspect multiculturel de cette jeune nation.

Photo : Aboriginal dance, Palm Island Queensland, 1930 Hoppé’s Australia published by W.W. Norton
Ce ne sont que quelques exemples que nous offre cette très belle édition que les géographes comme les autres pourront découvrir pour mieux appréhender les mutations de l’espace et de la société d’un territoire encore par trop inconnu.
Compte rendu : Jean Philippe Raud Dugal
Pour aller plus loin :
Une exposition virtuelle des photos de Hoppé
Comptes rendus d’ouvrages :
Peter Spearritt, The Sydney Harbour Bridge, A life
Robert Freestone, Bill Randolph and Caroline Butler-Bowdon, Talking about Sydney. Population, community and culture in contemporary
Une carte postale de Sydney
Carnet de voyage à Sydney
