« Ciel ! Un film catastrophe à la française ! » L’Apocalypse made in France, inhabituel pour nous Hollywood étant passée maître dans le genre. Apocalypse donc, mais à la différence que chez les frères Larrieu, il n’y a pas de surhomme, pas de Superman pour sauver nos pauvres âmes, non, c’est la fin du monde, on l’a compris, et va falloir s’y préparer.
Le film, tiré du livre de Dominique Gomez, est construit sur un flash-back contant une course poursuite amoureuse effrénée avec étapes érotiques et saute-mouton géographique... sous fond de chaos. Et quel chaos ! Pluies de cendres, eau contaminée, virus dévastateurs, secousses telluriques, tensions internationales, bombe atomique sur Moscou, exodes. On ne fait pas dans la demi mesure chez les Larrieu. Alors comment se raccrocher à la vie, ici à l’amour, quand tout fout le camp autour de soi ?
Sous le soleil de Biarritz, l’histoire d’amour de Robinson, professeur de géographie (sic), s’effrite à l’image d’un monde qui se dérègle, obsédé qu’il est par une beauté androgyne à l’accent hispanisant qu’il étreindra pour la première fois dans le port vieux, par une belle nuit d’été. Puis ce sera l’errance, un « road trip » sous des airs d’itinéraires de circuit de vacances. Le futur est le néant absolu et le présent n’est que fuite, une fuite prédominante à laquelle cédera la vibrante et mystérieuse Lae un beau matin et qui convaincra Robinson de courir après ses derniers battements de cœur.
Refuser la fuite, imaginer la suite.
Après l’omniprésente thématique maritime sur la Côte basque, le « chaos humain » se retrouve en Espagne, à Pampelune en Navarre, durant les fêtes de la San Fermin où la densité de la feria ne peut qu’impressionner. Après avoir introduit la réalité dans la fiction, les Larrieu jouent avec les réalités en rendant le paysage lui-même comédien. On découvre ensuite un hôtel singulier à l’autre bout des Pyrénées en plein pays catalan, le Parador, sublime monastère de Santa Maria de Montserrat, haut lieu du christianisme où règne une vierge noire depuis des siècles. Le paysage change et ce que voient les protagonistes depuis l’hôtel est encore une autre Catalogne belle et étrange. Tout s’enchaîne sur un Canada pyrénéen et un Taiwan japonisant. Des imbroglios géographiques passant par la ville rose de Toulouse, devenue capitale de fortune de la France, avec chars d’assauts sur la place du Capitole et aboutissant dans un Paris nocturne que l’on découvre à la lampe torche sublimée par la voix de Léo Ferré.
On se perd autant dans cet enchevêtrement de lieux ainsi que dans l’esprit de Robinson. De femme en femme, Robinson cherche toujours celle qui le hante. Cédant volontiers à l’humeur ambiante il succombe à une sexualité débridée par le chaos alentour. Adultère, inceste, homosexualité, orgie délirante... le sexe est un fil rouge, comme si l’homme face au néant n’était plus que cet être d’instinct vagabondant, se jouant des frontières et profitant des derniers moments en se consumant . Chaos physique, chaos humain...chaos cinématographique ?
Loin d’être un chef d’œuvre, le film n’est pas sans rappeler la psychose ambiante de la grippe A et mérite des clichés et des répliques navrantes qui donnent d’inévitables soupirs désabusés : deux heures dix, c’est long ! Une Catherine Frot pathétique, et un Sergi Lopez dans le plus mauvais suicide cinématographique qu’il m’ait été donné de voir accentuent des incohérences regrettables telles que l’hymne rugbystique bayonnais sur des images biarrotes (remarques pour initiés seulement) . Cependant et tout n’est pas si vain. Nous autres spectateurs, posons nous la question : après quoi et où courrions nous si Claire Chazal nous annonçait brusquement une telle échéance tragique ?
Compte-rendu : Jérémie Larrieu
