Cette exposition, conçue par deux urbanistes, est proposée jusqu’au 21 mars par l’espace Fondation EDF, rue de Récamier (Paris 7è). L’espace d’exposition (entrée libre) est une ancienne sous-station électrique.
L’exposition comporte en fait deux volets.
Quelle ville pour demain ?
Ce premier questionnement n’est ni nouveau, ni récent. Il part toujours du même constat : si la ville séduit en raison de nombreux atouts (pôle d’emploi, lieu de rencontre et de vie culturelle) elle indispose par ses inconvénients conséquents (pollution, bruit, stress). À la campagne, atouts et handicaps sont inversés. Il faut donc les réconcilier.
Ebenezer Howard, urbaniste anglais du XIXe en a rêvé. Il est à l’origine des premières cités-jardins à Londres. La cité-jardin des années 20 est horizontale, comporte des maisons individuelles cernées, d’espaces verts privés et collectifs, et accessibles seulement à la circulation automobile locale. Ainsi, le rêve de verdure devait devenir accessible à chacun.
Mais le rêve fut dénaturé par l’étalement urbain, l’absence de services de proximité, l’apparition de véritables nappes pavillonnaires.
Comme solution à l’étalement urbain, Le Corbusier suggère la cité-jardin verticale. Elle comporte une unité d’habitation collective, entourée d’un parc collectif. Sur ce principe ont été réalisés : la cité de Firminy, la cité Rotterdam à Strasbourg, et plusieurs Cités Radieuses.
Encor une fois le rêve fut dénaturé. Les cités verticales, reproduites à des milliers d’exemplaires, pour faire face à la crise du logement, construites à la va-vite, ne sont plus que des « cités » imposées à leurs habitants, dont l’image est devenue négative.
Le rêve de millions de citadins est d’être au centre, d’avoir un accès aisé à l’emploi, aux loisirs. La ville durable ne peut se concevoir sans prendre en compte ce désir de centralité. Mais centralité rime avec rêve trop cher et frustration si l’on ne peut faire face au prix élevé du logement. L’angoisse naît alors de voir la ville s’organiser comme un espace pour riches (trentenaires aisés et sans enfants dénommées « bobos ») et de voir s’opérer une gentrification.
Ainsi naît l’idée du polycentrisme et on voit apparaître les villes nouvelles autour des métropoles. Elles doivent correspondre à des centralités véritables, comme lieux du possible et avec sentiment d’appartenance. Mais encore une fois les désillusions pointent. Si l’anonymat des villes offre une grande liberté d’action et de penser, il peut-être angoissant.
Le rêve du village persiste.
C’est le besoin d’un point d’ancrage dans un lieu à l’échelle humaine. Les citadins recherchent toujours l’esprit villageois au cœur des grandes métropoles.
Aux États-Unis se développe actuellement l’idée des « transit villages » qui doivent remplacer les nappes pavillonnaires. Il s’agit de centres développés autour des gares et de transports collectifs ou pédestres. Autour d’une gare, par exemple, sont rassemblés tous les services de proximité et de petits immeubles d’habitat collectif. Ces « transit villages » peuvent compter 6 000 habitants. Ils sont très populaires aujourd’hui. Leur succès est-il le signe de la fin de l’ère du tout automobile ? Est-ce les prémices de villes durables ?
Le rêve de la ville verte s’amplifie.
Les enjeux du « verdissement » sont récréatifs, décoratifs, environnementaux. Avec des végétaux ont peut diminuer la chaleur urbaine, diminuer le processus d’imperméabilisation des sols, améliorer la qualité de l’air. Le Vert, est à la mode, associé à la peur : de manquer d’énergie, de mourir de soif, de malnutrition ou victime du réchauffement climatique.
Néanmoins, la raison commande aussi de ne pas dilapider les espaces péri-urbains, de ne pas gaspiller les ressources, de ne pas laisser à nos enfants des « espaces poubelles ».
Aussi voit-on aujourd’hui verdir les grandes métropoles des pays riches.
Les tramways poussent sur des pelouses à Amsterdam, Barcelone, Grenoble, Orléans, Le Mans, Nice ....
Les autoroutes sont enterrées et couvertes de vastes rubans verts : le Big Dig de Boston est long de 12 km....
Les toits des maisons verdissent et fleurissent à présent : à Chicago, le toit de la mairie est un jardin de 1900 m2....
Les derniers jardins ouvriers redeviennent des jardins, lieux de convivialité et de production bio !
Les premiers quartiers « durables » ont vu le jour à Fribourg in Brisgau, Malmö, Copenhague, Amsterdam. Verra-t-on après demain des villes durables ?
Des projets urbains aux quatre coins du monde
Le deuxième volet de l’exposition est plus disparate, tout en concernant aussi des quartiers en gestation. Cinq exemples sont analysés et le public dispose de cinq fascicules (gratuits) rédigés par de jeunes architectes.
Shanghai, rebaptisée Shanwhy, est nommée « métapole » : nouvel ensemble urbain distendu, discontinu, hétérogène et polynucléaire, selon la définition de François Ascher. La thématique proposée est : que devient la ville quand la campagne disparaît.
Shanghai alimente tous les fantasmes : en 2010 s’y ouvrira une Exposition Universelle et Jacques Attali prédit qu’elle sera la capitale mondiale du XXIe siècle (Une brève histoire de l’avenir, 2006).
La Nouvelle Orléans est étudiée comme laboratoire de réflexions sur les réfugiés climatiques (en août 2005, elle fut dévastée par l’ouragan Katrina). Les experts estiment que 200 millions de personnes seront en 2050, déplacés par les conséquences des changements climatiques.
Pour Londres, l’étude se focalise sur l’arrondissement de Hackney, à l’Est de Londres, où se dérouleront les Jeux Olympiques de 2012. La démarche est de l’ordre du recyclage urbain : comment diminuer le rôle de l’automobile et ré- attribuer les espaces libérés au public et aux habitants consultés et partenaires. Ce quartier, qui a accueilli de nombreuses vagues d’immigrants récents, reste l’un des plus déshérités et des plus cosmopolites de Londres.
L’espace réservé au Mexique analyse trois cas de villes où la nouvelle politique de logements sociaux doit résoudre le problème des villes autoconstruites. Les formes nouvelles d’urbanisation pour pauvres, hybrides des cités-dortoirs et des gated communities composent des paysages surréalistes perdus aux confins des territoires les plus reculés et les plus désertiques.
L’Afrique, enfin, est abordée à travers l’étude du quartier de Fitribougou à Bamako, capitale du Mali. Ici, les urbanistes ont demandé aux habitants de fabriquer leur ville et les spécialistes l’ont planifiée. Il en résulte « un caractère labyrinthique et villageois où chaque concession est reliée à ses voisins par les fils invisibles des rapports humains qui font aller les enfants d’une cour à l’autre, les mamans d’une organisation à l’autre, les pères de famille d’un conseil, d’un travail ou d’un thé à l’autre »...
Une exposition riche, qui s’éparpille un peu, entre rêves et réalités.
Maryse Verfaillie
