Comment un homme a t-il eu l’idée il y a de ça plus de vingt années de créer un festival international de la géographie à Saint-Dié-des-Vosges ? Goûts personnels et opportunisme (dans le sens dix neuvième siècle du mot) politique sont au cœur de la démarche de Christian Perret comme le rappellent les différents auteurs tout au long de l’ouvrage. La géographie, discipline parfois désertée voir snobée, partageait avec Saint-Dié un réel déficit de notoriété. Cet ouvrage démontre que le (vieux) couple fonctionne parfaitement depuis vingt années ! Est-il pour autant l’OVNI que décrit le maire de la ville ? La géographie est-elle si dépourvue de talent qu’elle n’arrive plus à attirer les foules ? Ce succès ne doit rien au hasard. Soif de connaissances, retrouvailles émues, « starisation » de géographes éminents, Saint-Dié apparaît comme une caisse de résonance ou ego et bonne humeur se partagent la vedette.
C’est autour de quelques papiers de cet ouvrage que se fonde l’unité de la démarche de l’organisation du FIG. Comment ne pas lire avec joie les pages suaves consacrées à Milton Santos , cet « oiseau rare » qui reçu le « nobel » de géographie, invention toute déodatienne ? Les contributions de Christian Grataloup ou Yvette Veyret recontextualisent l’apport de ce festival au PGF (paysage géographique français) et permet , comme un marqueur, de se retourner sur les évolutions majeures de notre discipline. Robert Marconis, comme de nombreux auteurs, remarque que cette création correspond en tous points avec la sortie de crise de la géographie qui cherchait, dans les années 1980 (mais ne la cherche t-elle pas encore ?) son identité ? Le festival, l’ouvrage nous le rappelle, s’est diversifié : rencontres gastronomiques, concours iconographiques, géographiques pour les scolaires mais aussi pivot de la géographie scolaire. La richesse de l’offre ne fait-elle pas oublier les fondamentaux du festival lui-même : la diffusion du savoir, la vulgarisation de celui-ci ? Ce débat n’est pas réellement pris en compte dans l’ouvrage mais existe pourtant bel et bien. La convivialité du début se serait-elle déplacée vers le marché, dans les bars et au salon du livre ?
Au total un ouvrage-bilan, agréable à lire malgré quelques articles anecdotiques ou bâclés par certains géographes ou « stars » connexes, mais une lecture stimulante dans le sens ou elle nous donne envie de retourner tous les ans dans une ville où la géographie est reine et l’accueil toujours parfait (le troisième chapitre nous le rappelle d’ailleurs volontiers) comme en témoigne Gilles Fumey dans le papier consacré aux Cafés Géographiques nés dans un bar déodatien un soir de festival.. Merci aux auteurs de ce bréviaire de nous le rappeler encore une fois.
Jean Philippe Raud Dugal
Pour en savoir plus :
Les géographes croient au miracle
