L’impact de la nutrition sur la santé est de mieux en mieux cerné par la science. Pourtant, l’acte de manger reste éminemment complexe. La connaissance que l’on a des aliments et de leur rôle dans la gestion du capital santé, représente un des déterminants des choix alimentaires. Ces choix sont-ils réellement effectués en connaissance de cause ?
La diététique est une terre particulièrement fertile où germent de nombreux messages qui peuvent puiser leur sève dans la science, mais aussi dans l’argent, la philosophie, la morale, la métaphysique... La société de l’information que nous sommes est-elle bien informée dans ce domaine ?
Au pays des « ventres pleins », on ne mange plus pour survivre ou pour vivre, mais pour vivre mieux et plus longtemps. Paradoxalement, c’est aussi le berceau de la « malbouffe », un terme à géométrie variable qui incarne des dérives dans la production de denrées. Les Etats-Unis constituent probablement le plus grand laboratoire humain où « malbouffe » et obésité sont intriqués. La « vieille » Europe, avec son cocon de traditions, fait (une fois de plus !) de la résistance. Mais pour combien de temps ?
Nicolas Guggenbühl, l’intervenant de ce café, est professeur de Nutrition et diététique à l’Institut Paul Lambin (Haute Ecole Léonard de Vinci), rédacteur en chef du magazine Health and Food et chroniqueur diététique (notamment Le Soir et La semaine médicale).
Ce terme de malbouffe, apparu en 1981, représente un type d’alimentation ne correspondant pas aux besoins physiologiques. Cela entraîne une dérive vers les produits de l’agrobusiness et une récupération par les altermondialistes.
Le manque d’hygiène culinaire a certainement un impact sur la santé : les méfaits les plus connus sont les crises cardiaques et l’obésité. Les différences entre les pays du monde, notamment nord - sud s’accroissent.
Néanmoins, petit à petit, le corps s’adapte à l’abondance d’alimentation par des voies différentes que l’élimination énergétique. Les cultures culinaires dépendent des pays, mais sont aussi fonction du marketing alimentaire, la pub jouant ici un rôle non négligeable. Le développement de nouveaux aliments permet certains espoirs. L’avènement de nouvelles graisses (omega 3) permettrait de diminuer le risque cardio-vasculaire. L’influence de certains aliments sur le système nerveux est claire, la qualité de l’alimentation encouragerait la diminution du nombre de dépressions ou du taux de suicide.
Autrefois, l’obésité était la maladie des riches (mais elle n’était pas vraiment perçue comme une maladie). Actuellement ceux qui profitent le plus des programmes nutritionnels sont les mieux nantis. Les dérives alimentaires ont-elles tendances à s’inverser ? Le 0 % de la vague du « light » est une tromperie publicitaire. Les traditions alimentaires sont bafouées : le comportement à table (le temps que l’on y consacre), la déstructuration de la famille, le nombre de repas quotidiens changeant (saut de repas pour gain de temps), la standardisation de l’alimentation, tout cela va dans un même sens... Les différences entre les USA et l’Europe s’atténuent : Coca Cola, ketchup, fast-food pour tous, recherche de la qualité pour certains.
Les habitudes alimentaires (une certaine paresse) empêchent la diversité nutritionnelle, ce sont les mêmes aliments qui sont systématiquement achetés et consommés. De même, l’information reprise sur les étiquettes alimentaires n’est pas claire, il y en a de trop et l’excès nuit. Trop d’information, c’est une forme de désinformation. Le budget des ménages pour les dépenses alimentaires est deux fois moins élevé aux Etats-Unis qu’en Europe, il est par contre trois fois plus important au Japon. La qualité des aliments y semble prioritaire.
Le débat
Les aliments de par leur provenance et par le jeu des exportations - importations possèdent une dimension éthique (voir les articles du Café géo sur le commerce équitable).
Les échanges des aliments dépendent aussi de la culture de chaque personne, de chaque pays. Certains pays de la Méditerranée par exemple se caractérisent par une nourriture plus variée, plus saine. Prendre le temps de bien cuisiner n’est pas l’exigence de tous. Quoi qu’il en soit, l’espérance de vie s’accroît malgré la malbouffe, du fait des progrès de la médecine. Mais des mythes se construisent aussi sur les autres cultures. Même exemple : la cuisine méditerranéenne se vend à toutes les sauces.
Les OGM, parties intégrantes de grandes politiques agro-alimentaires, sont peut-être une opportunité pour les pays en voie de développement (l’exemple classique est celui de la vitamine A à récupérer par des OGM de type « Riz »). Ces OGM ne font pas l’unanimité au sein du public, ils représentent souvent une opposition de vérités scientifiques, un antagonisme Nord - Sud. Biologiquement, ces dérivés incluent souvent déjà l’herbicide et des antibiotiques. Le consommateur a le droit de dire non à ces produits, il doit donc pouvoir se forger un avis clair.
Les différences de prix sur les aliments s’expliquent le plus souvent par les différences de volumes de production. Il faut tenir compte du rapport qualité / prix pour fixer la vraie valeur d’un bien alimentaire. Les aliments dits bio en grandes surfaces sont relativement bien contrôlés, les cahiers des charges sont approfondis. Des vérifications ont montré que 95% des produits bio cultivés en Belgique l’étaient vraiment. Mais dans notre pays, environ 50% de ces produits sont importés. Le respect de l’aspect qualitatif repose aussi sur une relation de confiance entre les différents intervenants. Une étude allemande a montré qu’il n’y a pas de différence significative entre les produits bio et les produits conventionnels. La culture biologique, c’est aussi une protection du sol, moins de pollution, moins de remembrement, bref, une utilisation plus durable et une protection de l’écosystème.
La malbouffe touche les domaines : politique, philosophique, personnel.. un sujet et un débat riches.
Olivier Garrec, Xavier Baron.
