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1- Mondialisation et interdépendances
B.O séries L/ES : L’espace mondial se présente aujourd’hui comme un système marqué par la multiplication de flux de toute nature (hommes, marchandises, capitaux, informations)qui ont des effets sur les sociétés. Ces flux sont organisés par des acteurs spatiaux comme les États, les entreprises multinationales, les organisations internationales, les organisations non gouvernementales, les organisations illicites. L’intensité de ces échanges favorise l’émergence de lieux de la mondialisation à différentes échelles, notamment les métropoles mondiales disposant d’un pouvoir de commandement.
La mondialisation n’est pas sans causer quelques problèmes aux géographes qui ne s’entendent guère sur sa définition et ses effets spatiaux, comme le rappelle le récent café de Laurent Carroué :
| Laurent Carroué admet que [sa définition] ne correspond pas à celle de Jacques Lévy, par ailleurs différente de celle donnée par Roger Brunet. L’approche de ce dernier (très en vogue dans les programmes scolaires) est fondée sur les flux, Jacques Lévy fait débuter sa mondialisation dès le Néolithique et la fait aboutir dans l’avènement d’une « société-monde » ; enfin Laurent Carroué, attaché à décrire les logiques territoriales et des sociétés qui produisent, y voit surtout l’extension du système capitaliste.(...) Si certains géographes (O. Dolfus, R. Brunet) ont affirmé une logique d’homogénéisation de l’espace, Laurent Carroué pense au contraire que la mondialisation a besoin de valoriser les inégalités territoriales. |
Le cas particulier des délocalisations(café de Bernadette Mérenne-Schoumaker)
Le même problème semble toucher l’un des aspects les plus polémiques de la mondialisation : les délocalisations. Mais il s’agit ici d’une confusion qui touche davantage la presse :
Communément, la presse cite le terme dans les cas suivants :
Transférer intégralement une activité d’un pays européen vers un autre pays non européen.
Déplacer une usine d’un pays à l’autre.
Quitter Paris pour la province.
Quitter Bruxelles pour sa périphérie.
(...)
Bref, il n’y a pas d’accord sur la définition du terme, mais deux tendances sont assez claires :
Au moins international, il faut quitter le pays.
Un transfert d’activité que ce soit dans un but de conquérir de nouveaux marchés et/ou de diminuer les coûts de production. |
Si l’on s’en tient à ce cadre, les délocalisations sont bien une des formes prises par la mondialisation :
Des trois phases de cette dernière, l’internationalisation (commerces), la transnationalisation (investissements étrangers, années 1960), c’est la globalisation (réseaux mondiaux, disjonction fonctionnelle) qui fait office de décor aux délocalisations. Deux facteurs ont contribué à l’émergence de la mondialisation :
Les progrès techniques ont permis la révolution des transports que ce soit des marchandises, des personnes, de l’information ou même des capitaux.
Juridiquement, des accords internationaux (OMC) favorisent ces échanges.Dans un tel contexte, nombre d’entreprises doivent se réorganiser ou périr. Les raisons majeures sont : S’intéresser à de nouveaux marchés.
Contourner nos marchés de remplacement (production de masse, de standardisation, de grande série).
Réduire les coûts de production.Notre comportement intervient aussi, comme consommateur, nous cherchons à avoir toujours le moins cher, par contre avec notre casquette de travailleur, nous défendons notre emploi, notre salaire. |
compte-rendu complet : Délocalisation : mondialisation de l’industrie ?
Les migrations (café géographique de G. Ceriani à Aix-en provence)
Associer mondialisation et mobilité peut sembler un lieu commun, presque une redondance, comme si les deux étaient finalement synonymes d’une même dynamique. Mais le rapport entre ces deux phénomènes est bien plus complexe qu’une simple relation de cause à effet et mérite d’être approfondi.
La mondialisation, en tant que multiplication des échanges et des circulations et donc de la mobilité, tend à produire une intégration réticulaire d’échelle planétaire. En ce sens elle produit du semblable, du même, puisqu’elle tend vers une unité globale pour un monde qui finirait par former un grand village.
Parallèlement, ou plutôt dialectiquement, la mondialisation s’accompagne de fortes inégalités territoriales entre des centres toujours plus intégrés au système monde et des périphéries marginalisées et exploitées. Elle alimente ainsi une mobilité des individus depuis les périphéries pauvres vers les centres enrichis, sous la forme de flux migratoires de travailleurs et sous la forme de flux touristiques, dans l’autre sens.
Dans le contexte de la mondialisation, la mobilité est donc devenue une réalité incontournable sur les scènes internationale et nationale. Bien qu’intrinsèquement liées, la mobilité apparaît cependant comme la face cachée et sombre de la mondialisation. Elle est présentée comme un phénomène inévitable aux conséquences essentiellement néfastes, voire catastrophiques, à travers l’uniformisation forcenée d’un monde en quête d’identité ou des " invasions barbares " apparemment inépuisables et incontrôlables. Au mieux, elle devient un mal nécessaire que l’on voudrait temporaire.
Nous allons au contraire essayer ici d’appréhender la mobilité différemment, comme un phénomène digne d’être étudié en tant que tel (et pas seulement pour ses conséquences) et comme une dynamique porteuse d’une modernité alternative dans un monde globalisé.
compte-rendu complet :Mondialisation & mobilité
internet et mondialisation
"Contrairement aux idées reçues, l’apparition d’Internet n’a pas généré une diminution des autres formes de flux (d’hommes, de papiers.). De fait, plus l’information circule, plus « tout » tend à circuler. Une forme de mobilité ne se substitue pas à une autre, elle s’y ajoute."
G. Dupuy, café de géographie sur la Poste (Mardi 30 avril 2002)
Parmi les autres idées reçues, il y a celle que l’Internet serait insaisissable pour la géographie. Certes, la division spatiale des acteurs n’aide pas le géographe : le "site" est produit à un endroit mais hébergé ailleurs ; la circulation des flux d’informations binaires emprunte des chemins difficiles à suivre. Or, ce réseau connaît ses centres et ses périphéries, ses infrastructures "lourdes" qui ne se placent pas n’importe où. G. Dupuy compare volontiers l’Internet naissant à l’étoile de Legrand : le schéma du réseau ferré français tracé dans la première moitié du XIXème siècle.
L’image de l’Internet est souvent celle de compagnies ou de passionnés qui communiquent à l’autre bout du monde, abolissant l’espace ; mais par les "effets de club" (affinités qui lient les internautes), ses échanges regroupent très souvent des utilisateurs peu éloignés les uns des autres. La densité du câblage, des serveurs et des utilisateurs fait des métropoles de véritables "plaques" de l’Internet : l’accès y est facile, rapide, et peu coûteux ; s’éloigner de ces "plaques", c’est perdre en fluidité du service et payer plus cher. A une autre échelle, cet internet de plus en plus onéreux et rugueux à mesure que l’on s’éloigne du centre se retrouve dans la fracture nord-sud. G. Dupuy est peu optimiste dans la capacité de l’Internet à combler les fossés entre nantis et démunis : le réseau le valide ou, pire, l’accentue malgré quelques astuces techniques dans les "déserts" et des politiques volontaristes dans certains états.
compte-rendu complet : Internet, géographie d’un réseau (Gabriel Dupuy)
B.O série S : L’espace mondialisé est dominé par trois grands centres d’impulsion, dont l’Union de développement européenne qui fait ici l’objet d’une prise en compte particulière. On insiste aussi sur l’intensité des réseaux d’échanges qui relient ces trois centres d’impulsion. L’inégal développement laisse en marge le reste du monde, lui-même très diversifié.
Nord/sud : une chimère ?
La fracture Nord/Sud créée par les séquelles de la colonisation et les lois d’airain de la mondialisation ne serait-elle qu’un mythe ?
A l’occasion de la sortie du livre d’Yves Montenay et de son café géographiquesur cette question des responsabilités du sous développement, tous les cafés sur la question du développement ont été rassemblés dans les archives. Si la question des responsabilités historiques du sous-développement ne relève pas à première vue d’une étude géographiques, les géographes sont en revanche sur leur terrain lorsqu’ils exposent les stigmates territoriales des contrastes de développement dans le monde ainsi que les différentes échelles qui interviennent dans l’explication de ces problèmes. Echanges internationaux, stratégies géopolitiques, problèmes fonciers internes se retrouvent dans cette douzaine de cafés consacrés aux "suds".
Développement suds et Tiers-Monde
Le tout dernier, celui de Bruxelles (4 juin 2003) revient sur le "halte à la croissance" du club de Rome en 1972 qui affirmait que le modèle de développement occidental appliqué à l’ensemble du monde conduisait à la catastrophe ; Edwin Zaccaï montre l’évolution des visions de ce problèmes :Au milieu des années 90, des travaux insistent sur l’accroissement de la "surconsommation" et de ses conséquences, en particulier sur l’impact écologique du Nord sur le Sud, et s’interrogent sur la poursuite du modèle occidental de développement. (...)"Actuellement, et en réaction à ces visions réformistes, des publications s’essaient à démontrer que les limites de l’environnement ont été exagérées, et que la croissance économique peut être tout à fait compatible avec le respect de l’environnement. C’est le cas par exemple des environnementalistes sceptiques (dont Bjorn Lomborg auteur de ’The Skeptical Environmentalist. Measuring the Real State of the World’). Ces derniers partent de l’idée que les technologies vont permettre de tout résoudre. Les problèmes ont été surestimés et les technologies sont là pour les résoudre."
Quelles limites aux ressources et aux pollutions ? Visions mondiales de l’environnement
2. Autres logiques d’organisation de l’espace mondial
B.O. : La mondialisation est l’objet de débats concernant ses modalités de mise en oeuvre, de l’espace mondial sa relation avec la question du développement et avec les enjeux environnementaux. Par ailleurs, le processus de mondialisation ne constitue pas la seule clé de lecture du monde. D’autres logiques d’organisation du monde se juxtaposent et interfèrent : les aires de civilisation (cultures, langues, religions), les États, les organisations économiques régionales.
Sans nier les effets de l’accroissement des échanges internationaux et des fluxs de capitaux facilités par des frontières économiques nationales de plus en plus poreuses, les géographes montrent que les territoires ont encore leur mot à dire dans le contexte de l’économie globalisée.
La résistance du local face au global
| Il est [...] nécessaire de sortir du débat entre le global et le local ; les géographes ne se sont pas uniquement intéressé à la globalisation ; certes, le paysan de Millau travaillant dans le Roquefort est soumis au global, mais les circuits courts gardent un avenir : en Afrique en Amérique latine mais aussi en France : ainsi, la vente de vin à des visiteurs de passage a permis à la viticulture de faire du bon vin. se croire asservi par le global est illusoire. Ainsi J.R. Pitte refuse de comprendre pourquoi les départements et régions français seraient trop petits et pourquoi tous les pays devraient adopter le même découpage administratif ; il faut faire confiance au bon vouloir du local pour décider d’éventuels regroupements. (in : A quoi servent les géographes ?) |
| Lors d’un autre café, J. Lévy rappelle la responsabilité collective des situations inextricables du monde industriel. Il reconnaît avoir participé de cette idéologie industrielle de la valorisation d’un accès rapide à l’emploi sans qualification poussée ou de la concentration mono-industrielle. Quant à la question des acteurs hyper-puissants sur lesquels on n’a pas prise, J. Lévy interroge la qualité du politique pour qu’il empêche des catastrophes sociales. Le problème de la qualité géographique des espaces politiques se pose en ces termes : plus il y a de lieux où l’on peut poser les problèmes et les résoudre, plus le politique a sa place. Il est cependant faux de dire que le politique ne peut rien : J. Lévy cite Ph. de Villiers, élu "local" qui a su mobiliser la société vendéenne contre la mondialisation en créant de la mondialisation : un parc à thèmes. D’autre part, en Bretagne ou en Alsace, il y a une culture du développement endogène, et le politique a son rôle. De même pour la zone est-alpine (Bavière, Suisse allémanique, Autriche hormis Vienne) : "c’est le heimat dans toute son horreur, mais ils arrivent bien à gérer la mondialisation et à mobiliser leurs sociétés". |
compte-rendu complet :L’espace français veut-il sortir du paléolithique ?
La "mondialisation par le bas"
| [Selon G. Ceriani], Les flux migratoires sont également à l’origine de la création d’espace transnationaux, remettant eux aussi en cause les hiérarchies territoriales établies. Outre le fait qu’ils ne tiennent pas compte des souverainetés étatiques en survolant les frontières, ils construisent des réseaux dans lesquels les hiérarchies des nœuds n’ont pas grand chose à voir avec celles que nous connaissons : Marseille, par exemple, est un carrefour majeur du commerce transnational issu de la migration à l’échelle européenne, alors qu’elle ne dépasse le rang de 2e ville française dans les hiérarchies urbaines classiques. D’après Alain Tarrius, ce commerce des " fourmis " génère une véritable économie parallèle, équivalente à 15% du commerce mondial, qui a intégré non seulement L’UE et le Maghreb mais aussi l’Europe de l’Est, l’Afrique Subsaharienne et jusqu’à l’Amérique du Nord (Miami) et le Moyen Orient (Dubaï). |
compte-rendu complet : Mondialisation & mobilité
Alain Tarrius à Toulouse : Du ghetto au réseau : les territoires des migrants
