L’Amazonie fait rêver les hommes depuis longtemps : dès 1542, Orellana qui descend le fleuve des Andes jusqu’à l’Atlantique est persuadé de traverser le pays des Amazones, ces guerrières mythologiques. Depuis, l’Amazonie n’a cessé de fasciner les hommes qui convoitent ses richesses. C’est pourtant une contrée qui reste inconnue : il faut attendre les années 1960 pour obtenir, grâce au satellite et au radar, une cartographie fiable de la région. Beaucoup d’idées fausses circulent d’ailleurs à son endroit : les milieux ne sont pas homogènes et, au contraire, c’est bien la diversité qui y règne. On la considère également comme un eldorado inépuisable, alors que ses ressources naturelles ne sont pas intarissables. Autre idée fausse : la forêt ne constitue pas le poumon vert de la planète : l’Amazonie ne peut rivaliser avec les océans pour fournir le dioxygène nécessaire à la vie sur Terre. Bien plus, alors qu’on a tendance à prôner les vertus de la gestion régionale, chaque Etat gère sa part d’Amazonie selon des logiques nationales, sans concertation avec les pays voisins. Dans cet ouvrage, c’est surtout au Brésil que s’intéresse Martine Droulers.
Après le Sommet de la Terre de Rio de Janeiro (1992), l’Amazonie conduit nos sociétés à prendre en compte la gestion environnementale des milieux. En effet, après des préoccupations de développement économique (dans les années 1970), l’écologisme prend le dessus et l’important aujourd’hui est de préserver des écosystèmes fragiles et menacés. Ces deux tendances opposées se retrouvent dans la problématique très actuelle du développement durable et ces préoccupations récentes sont autant de questionnements nouveaux auxquels la géographie peut apporter des réponses. En cela, l’Amazonie constitue un très bon terrain d’étude.
Martine Droulers commence par décrire la diversité et la fragilité de cette immensité : ces géosystèmes complexes rassemblent une faune et une flore très riches et sont depuis très longtemps mis en valeur par l’homme ; se succèdent ainsi les mythiques Amazones, les civilisations amérindiennes, les colons portugais puis les Brésiliens. Au cours du temps, la pression anthropique est donc très inégale : ce n’est qu’à partir des années 1960 avec le percement des premières routes transamazoniennes que se diffuse l’idée de mettre en valeur systématiquement cette région et de l’intégrer au reste du territoire. L’exploitation forestière se développe et soulève la question de la préservation des ressources naturelles. De même, l’essor de l’agriculture moderne et productiviste et le développement ponctuel des activités d’extraction ou de transformation posent le problème de l’intégration de ces enclaves au reste du territoire.
L’ouvrage se clôt par une longue typologie des espaces amazoniens et par la nécessité de donner un sens profond au développement durable, c’est-à-dire de prendre en compte la nécessaire préservation de l’environnement comme condition de l’essor économique afin de prévoir au mieux la gestion de cet espace. Cet ouvrage avait pour but d’informer sur le devenir d’une région qui engage celui de la planète : le pari est réussi.
Compte-rendu : Yann Calbérac
