Profitant de l’occasion de ce Café Géo, les membres fondateurs et proches collaborateurs de La Traversée - Atelier québécois de géopoétique (membre de l’Institut international de géopoétique, fondé par Kenneth White en 1989), ont procédé au lancement de leur premier « Carnet de navigation » intitulé Au rythme des vents et marées..., fruit d’un atelier nomade tenu à l’Isle Verte en mai 2004. La traversée, dirigée par une équipe de recherche formée par Rachel Bouvet (Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal), qui tient la barre de l’équipe, Hélène Guy (Faculté d’éducation, Université de Sherbrooke) et Éric Waddell (Département de géographie, Université Laval), a vu le jour en 2004, suite au colloque « Nomades, voyageurs, explorateurs, déambulateurs : les modalités du parcours dans la littérature » (Montréal, 4 et 5 décembre 2003) et de la journée d’étude « Géopoétiques : art et mémoire de la terre » (Chicoutimi, 8 décembre 2003), et a pu mettre en place des activités grâce à une subvention du CRSH (Initiatives de développement de la recherche).
C’est surtout l’intérêt visible des étudiants de géographie de l’Université Laval, qui, par l’esprit et le contenu des derniers numéros de la revue étudiante « Le Magellan », ont interpellé les chercheurs, que le thème de ce 9e Café Géo a été proposé. D’où leur vient cet intérêt pour les écrivains-voyageurs, les promeneurs, les géographes-philosophes ? C’est dans le but d’engager la discussion avec eux que l’idée d’une table-ronde axée sur la géographie et la géopoétique a germé dans l’esprit des chercheurs de La Traversée - Atelier québécois de géopoétique.
Les invités à la table-ronde, animée avec éloquence par Éric Waddell (Département de géographie, Université Laval), étaient Rachel Bouvet (Département d’études littéraires, Université du Québec à Montréal), Marc Brosseau (Département de géographie, Université d’Ottawa) et Jean Morisset (Département de géographie, Université du Québec à Montréal). Rachel Bouvet enseigne la littérature ; elle s’intéresse au désert, au nomadisme et à l’errance. Elle a co-dirigé l’ouvrage L’espace en toutes lettres (Éditions Nota Bene, 2003), qui reprend les actes d’un colloque tenu dans le cadre du Congrès de l’Acfas en 2002, colloque qui avait pour objectif de réunir géographes et littéraires autour d’une même table. Marc Brosseau, qui a participé à ce colloque, tout comme Jean Morisset, est professeur de géographie à Ottawa. Il enseigne la géographie culturelle, s’intéresse de près à la littérature et a publié Des romans-géographes (L’Harmattan, 1996). Jean Morisset, quant à lui, est géographe, écrivain, poète, voyageur, rêveur des grands espaces. Il voue un grand intérêt à la mémoire des Amériques, ainsi qu’à la mémoire autochtone. Il a publié entre autres Amériques (Éditions L’Hexagone, 2000) en collaboration avec Éric Waddell.
Ce dernier, afin d’ouvrir la réflexion et d’éliminer tout malentendu possible, y est allé de sa conception de la géopoétique. Selon lui, il importe d’agir avec prudence lorsqu’il s’agit de définir la géopoétique. Il ne s’agit pas d’une nouvelle discipline ni d’une discipline en quête de sens. La géopoétique répond à un appel, celui du dehors, des grands espaces, de la route, de la nature, de la mémoire de la terre ; la géopoétique répond à l’appel de cet espace qui échappe à notre compréhension. Waddell fait référence aux titres poétiques de certains textes de Joël Bonnemaison : « Le territoire enchanté », « Le sens de la route », « Les lieux de l’identité », « Porter sur la nature un regard amical », etc., et cite un extrait de « Voyage autour du territoire » où Bonnemaison raconte son parcours lors de ses études à Madagascar, et qui selon Waddell, touche un point important de l’approche géopoétique :
« J’ai commencé comme une vingtaine d’autres géographes au milieu des années soixante par des études du terroir en milieu tropical. Le goût de l’aventure et du voyage, la quête d’un type nouveau de relation humaine, nous y poussaient tout autant et même certainement plus que la simple curiosité scientifique envers les structures. Cela s’est passé dans mon cas personnel à Madagascar, dans un village au fond d’une vallée des montagnes, parmi des gens polis et réservés, qui se demandaient bien ce que je venais faire chez eux. Le type de recherche avait été défini au préalable et la méthodologie déjà bien éprouvée. Au bout de plusieurs mois, j’avais fini de mesurer et de cartographier les champs de montagnes et la marqueterie des rizières irriguées qui s’étendaient à leurs pieds. J’avais tracé dans les rizières des carrés de densité au sein desquels je comptais minutieusement les planicules de riz, les épis et les grains qu’elles portaient. Avec un collègue, nous nous penchions sur des cours pour examiner longuement une terre rouge et noire gorgée d’eau. Je tachais ainsi de cerner une géostructure en mesurant autant que faire se pouvait les éléments qui la constituaient : population, champs, habitat, production, analyse des sols, etc. C’était une approche délibérément axée sur l’étude du système de production et de ses conditions de réalisation par rapport à un environnement naturel et en référence à un type de civilisation agricole. Le système agraire était vu et pesé sous tous les angles. Le grand intérêt pour moi consistait dans le caractère d’initiation qui rendait obligatoire ce genre de recherche et nous obligeait à passer des mois entiers dans les villages étudiés en relation quotidienne avec les gens. Très vite, ils apparaissaient avec leur vérité propre, leur complexité. Ils n’étaient plus, dieu merci, des objets d’enquête, mais les maîtres du jeu. Quand tout fut fini, mon terroir avait, du moins à mes yeux, une certaine transparence. J’avais discerné des types de champs et des rizières, des catégories de sols, des mouvements migratoires vers les zones hautes de la montagne, sentais aussi un certain nombre de tensions internes, en partie causées par ma présence. L’étranger perturbe. Bref, j’avais vécu et approché une société villageoise. Le mode de production surtout, pesé et analysé, n’avait plus de secret pour moi. Rien de tout cela n’était faux ou inutile, mais en partant j’avais pourtant l’impression de n’avoir effleuré que la superficie des choses. Je repense depuis à ce village très souvent. Par bien des aspects il m’est resté mystérieux ».
Bonnemaison, Joël, « Voyage autour du territoire », L’espace géographique, no 4, 1981, p. 249-262.
La quête géopoétique serait une tentative de réponse à ce qui échappe au regard, à ce qui nous reste mystérieux ; à tout ce que le géographe et le littéraire, chacun à leur manière, arrivent à saisir, mais qui échappait au départ à leur regard.
Venus d’horizons somme toute différents, les intervenants ont présenté, suite à l’introduction d’Éric Waddell leur conception de la géopoétique, la dévoilant ainsi progressivement et la mettant en rapport avec la géographie, avec l’espace, avec la littérature.
Rachel Bouvet
Rachel Bouvet dit représenter le point de vue extérieur, celui d’une chercheure en littérature s’adressant pour la première fois à un public composé strictement de géographes. Elle place la géopoétique par rapport à la géographie qu’elle dit peu connaître et c’est à partir du lieu de rencontre qu’est la géopoétique qu’elle tente de baliser certains aspects qui méritent réflexion.
Selon elle, le champ de la géopoétique est d’abord et avant tout transdisciplinaire, et c’est là que se situe l’aspect nouveau de la géopoétique. Il ne s’agit pas seulement de croiser les perspectives littéraires et géographiques, mais bien de s’inventer un lieu de rencontre qui va au-delà de ces deux disciplines. La philosophie et les arts sont également partie prenante de ce champ. La définition première de la géopoétique serait d’être un champ transdisciplinaire, qui partage évidemment certains points communs avec la géographie, mais qui d’emblée se présente comme un lieu de rencontre entre différentes disciplines, alors que la géographie, constitue à elle seule une discipline.
Le deuxième aspect qui lui semble important, est que la géopoétique est un champ de recherche et de création en même temps. Il est assez difficile de faire passer l’idée que la recherche et la création puissent coexister, puissent se stimuler l’une et l’autre, entre autres au niveau des organismes subventionnaires. À l’intérieur de l’équipe de La Traversée, il n’y a pas uniquement des gens qui font à la fois de la recherche et de la création, mais bien des chercheurs qui ne sont pas créateurs et des créateurs qui font de la recherche également, et c’est ce dialogue, ce ressourcement entre création et recherche qui est au cœur de la démarche géopoétique. Rachel Bouvet relève que la géographie est traditionnellement vue comme une science dans laquelle on fait de la recherche, une science d’où la création est absente. Pourtant, et elle le souligne, les géographes devraient peut-être se poser la question de la création. Il y a une certaine création en géographie, ne serait-ce que par les noms, par les descriptions des paysages rencontrés... S’agit-il là d’une pratique créatrice qui n’a pas été nommée, qui n’a pas été reconnue comme telle, parce qu’elle viendrait s’opposer à la scientificité ?
La préoccupation première de la géopoétique est l’interaction entre l’être humain et la terre, et pour étudier cette interaction on utilise à la fois des outils qui proviennent de la science - des outils géographiques notamment - et des perceptions humaines. Les deux viennent s’amalgamer et il est difficile de délimiter ce qui ressort de la science et ce qui ressort de la perception sensible, humaine, de cette relation à la fois physique, émotive, affective, sensorielle avec un lieu. Les géographes se servent à la fois des outils scientifiques et de toutes ces perceptions, tous ces imaginaires, qui passent à travers le récit, le témoignage, le discours. Il y a donc là aussi un amalgame qui s’opère à l’intérieur même de la discipline géographique. Mais dans quelle mesure tous ces outils sont-ils reconnus à leur juste valeur ?
Un autre point important en ce qui concerne la géopoétique est la nécessité de l’exploration in situ - faire du terrain - qui va de soi pour les géographes, mais qui est très exotique pour les littéraires, parce qu’inhabituel. Les littéraires travaillent sur les textes et, même si les textes parlent du désert, de sommets de 8000 mètres, ou de l’océan, etc., les littéraires sont toujours confrontés à une matière textuelle, à du papier, à des mots, à du langage. En ce qui concerne l’exploration physique du terrain, les littéraires ont tout à apprendre des géographes et doivent changer leur façon de percevoir les textes. Il y a donc un enrichissement considérable pour les littéraires à vivre au contact des géographes, à expérimenter cet autre regard, qu’est le regard géographique. Ce qui est également important à l’intérieur de la géopoétique, c’est que cette nécessité de l’exploration in situ se mêle à une autre nécessité, qui est celle d’explorer les textes, les arts, et donc de ne pas se limiter simplement au terrain, souvent appréhendé de manière plus classique. L’image du géographe comme explorateur est d’une fascination sans borne pour les littéraires, surtout pour ceux qui travaillent sur les récits de voyage, sur des déambulations, etc. En effet, les littéraires n’ont pas le droit, dans les murs de leurs universités, de dire « je vais partir faire du terrain pendant quelques mois », c’est quelque chose qui est de l’ordre de l’impensable. Ce qui fait la richesse de la géopoétique, c’est justement de pouvoir lier l’exploration physique et l’exploration littéraire, sensible, plastique, etc.
Un autre problème est l’objet d’étude en soi. Évidemment, en géographie, l’objet d’étude est la terre, l’espace. On ne se questionne pas souvent sur le sujet même de l’observation, autrement dit sur tous ces filtres qui composent l’appréhension du monde et qui la déterminent en quelque sorte. En littérature, c’est plutôt cette appréhension, ces filtres subjectifs qui intéressent le plus. Là encore, il y a complémentarité des deux disciplines.
Jusqu’ici, on a surtout associé la géopoétique à la poésie. Et au Québec, ce n’est pas pour rien. Il y des gens comme Jean Morisset, des artistes, qui font de la géopoétique. Les géopoéticiens nous apparaissent d’abord et avant tout comme des créateurs. Il importe toutefois de démystifier la chose : tous les gens intéressés par la géopoétique ne sont pas forcément des poètes. Il y a des poètes au sein du groupe, mais il y a aussi des gens qui ne font pas de la poésie, et qui se contentent de faire de la recherche. C’est justement cette interaction qui fait que la réflexion devient riche.
L’autre aspect qui est particulier, c’est que ceux qui proviennent de la géographie et qui s’intéressent à la géopoétique sont considérés comme des transfuges, qui ont quitté le territoire, qui se sont éloignés de la discipline de la géographie pour s’approcher de la poésie, pour devenir poètes, dans le cas de Jean Morisset ; et du côté des littéraires, c’est le phénomène inverse. C’est-à-dire que Jean Morisset, par exemple, y est considéré d’abord et avant tout comme géographe, et comme poète ensuite. L’image de la géopoétique est essentiellement tributaire d’un acte de création, ce qui fait problème peut-être pour la géographie, mais qui fait problème aussi dans le cas des littéraires parce que la création vient se jumeler à une autre perception qui n’est pas la perception littéraire traditionnelle.
Ce que propose la géopoétique c’est un terrain de rencontre entre la science, les lettres et les arts. Des regards qui proviennent d’horizons très différents et qui font en sorte qu’on est obligés de transformer notre regard parce que la personne qui est à côté ne voit pas les choses de la même façon, et c’est cela qui vient du même coup irriguer la réflexion et la création.
Marc Brosseau
Ce qui a mené Marc Brosseau à s’intéresser au rapport entre géographie et littérature est sa thèse de maîtrise qui portait sur les manuels de géographie au Québec. Il avait consulté et lu tous les manuels de géographie qui s’étaient publiés au Québec de 1804 jusqu’à la révolution tranquille. À cette époque il avait lu Milan Kundera qui, dans L’art du roman, parle du roman comme « d’une forme qui cherche », qui doit servir à découvrir ce que seul le roman peut découvrir. Est-ce que dans l’univers des découvertes de la littérature et du roman, il y aurait des espaces et des lieux qui répondraient à l’appel d’air d’un étudiant qui vient de passer deux ans à travailler dans des manuels de géographie ? Le manuel de géographie, en dépit de sa valeur, est un peu un « genre-prison », parce que c’est une forme dans laquelle on doit couler des connaissances pour les rendre tout à fait pédagogiques, consommables, pour une clientèle d’étudiants, qui fait en sorte que même des idées souples, complexes, et intéressantes, une fois coulées dans le moule du genre, peuvent devenir un peu « bêtes et méchantes ». Après avoir lu Kundera, Marc Brosseau a pensé que le roman était peut-être la forme qui offrait le plus grand éventail de possibilités à l’expression des idées et notamment les idées sur l’espace et les lieux, d’où l’envie de faire un doctorat sur la littérature. Il croyait comme tout bon thésard en début de parcours être le premier à penser à cela. En faisant une revue de littérature, il s’est rendu compte que plusieurs géographes et littéraires avaient déjà planté leurs drapeaux sur la terra incognita qu’il s’apprêtait à découvrir.
Ce qu’il a pu découvrir dans les travaux des premiers qui se sont intéressés à la littérature (fin des années soixante, tournant des années soixante-dix), c’est qu’ils s’intéressaient essentiellement à la valeur documentaire de la littérature. Le roman était vu comme un complément à la géographie régionale sérieuse qui s’intéresse aux faits, et non aux représentations « toutes molles ». On évaluait donc la valeur documentaire du roman ou de la littérature. Par la suite, les géographes humanistes, qui dans les années soixante-dix, ont eu un appel d’air, ont voulu varier les sources et sont allés à la littérature pour y voir une expression de l’expérience des lieux, des sentiments, des valeurs rattachés aux lieux (sense of place, sens des lieux, sentiment des lieux, affect relié au lieu). La littérature était donc vue, non plus comme contenant un certain nombre de faits géographiques, mais comme contenant un certain nombre d’impressions d’un sujet face à un lieu : la littérature comme la transcription de l’expérience des lieux. Un certain nombre de géographes plus radicaux, d’inspiration marxiste, ont également regardé les questions de la justice sociale dans la littérature. Alors que jusque dans les années quatre-vingt, début des années quatre-vingt-dix, les géographes qui avaient travaillé sur la littérature étaient un peu marginaux dans le champ disciplinaire de la géographie, on assiste aujourd’hui à un certain processus de normalisation. Dans presque tout texte de géographie culturelle aujourd’hui, il y a un chapitre ou une sous-section sur la question de l’espace dans la littérature. C’est désormais, pour reprendre l’expression kuhnienne, une mesure de normalisation d’une préoccupation dans une discipline. Il y a aussi un processus de pluralisation, car il y a à la fois une géographie humaniste littéraire, une géographie encore un peu régionalisante littéraire, mais il y a aussi une géographie féministe littéraire, une géographie radicale de classe littéraire, etc. Un très grand nombre de sous-champs ou de sous-intérêts de la géographie sociale et culturelle ont désormais leur satellite littéraire, d’où le processus de pluralisation, mais aussi de sophistication, qui vient de la fréquentation assidue des géographes flirtant avec la littérature, comme ils l’ont fait avec la théorie littéraire. Alors qu’au début, les géographes débarquaient dans la littérature sans savoir comment fonctionnait un texte littéraire, certains ont fait leurs classes avec un peu de critique littéraire.
Pendant longtemps, les géographes ont regardé la représentation de l’espace, de la nature et des lieux dans la littérature comme un objet. Ils allaient chercher dans les romans les passages descriptifs des espaces et des lieux pour en faire des collages savants et constater à quel point les littéraires sont de beaux géographes subjectifs. Marc Brosseau a tenté de considérer le roman comme une machine à produire une géographie alternative à celle des géographes : les romans, comme des sujets métaphoriques, produisent de l’intérieur une géographie différente de celle des géographes, d’où le titre de son essai Des romans-géographes. L’objectif n’était pas de fondre l’identité de la littérature à celle de la géographie pour dire que c’est une seule et même chose, mais de considérer la différence pour la faire dialoguer.
Julien Gracq, qu’on pourrait considérer comme un grand géopoéticien, a pris congé du surréalisme, de la géographie formelle, pour devenir écrivain, répondant à une tentation littéraire, à l’envie d’écrire autrement. Il en résulte une autre pratique de l’écriture géographique. On ne se souvient pas de Julien Gracq comme d’un géographe, mais bien comme d’un écrivain. Il s’agit d’une géographie poétique, d’une autre pratique de l’écriture, d’un autre rapport au lieu. Il s’agit peut-être aussi du symptôme d’une insatisfaction relative par rapport aux formes que la géographie offrait traditionnellement pour exprimer la pensée géographique. À côté des manuels, des livres, des articles monitorisés dans les revues, on voit apparaître dans la géographie contemporaine différentes formes d’expressions. Des géographes écrivent désormais des essais dans le sens littéraire du terme, de vrais essais. Il s’agit là d’un signe de la pluralisation des styles de l’écriture géographique contemporaine. Les géographes se permettent dorénavant d’écrire autrement le rapport à l’espace, au lieu, à la nature...
Jean Morisset
Jean Morisset, plutôt que de dire en quoi consiste pour lui la géopoétique, lit quelques-uns de ses « géopoèmes » à l’assemblée réunie dans le cadre de ce 9e Café Géo. Il « chante » ainsi deux ou trois textes, dont ceux-ci parus dans Chants polaires (Leméac/Actes Sud, 2002)
« c’était le printemps sur le floe
un air de jubilation première
humectait les mirages en nage
quelques grumeaux de souffrance égarée
issue des temps de disette lointaine
se changeaient en flocons de givre
sur les rives mobiles du sans-nuit
libre... libre, libre, libre
libre était enfin la mer
dépouillée de tous les anoraks
de la banquise
c’était le printemps sur le floe
c’était la saison de l’abondance
un air de jubilation première
humectait les mirages en nage
un sourire de kayak en liesse
flottait sur l’esprit renversé
des dernières battures
et tous n’avaient au ventre
qu’un seul cri
libre... libre, libre, libre
libre était enfin la mer
aya aya aja aya aja aya
liiiiii-bbrrrreee »
Morisset, Jean, « c’était le printemps sur le floe », Chants polaires, Montréal/Arles, Leméac/Actes Sud, 2002, p. 29
« c’était des mots mouillés
qu’il avait réussi à rescaper
sur une vieille peau de caribou
gisant au fond d’un iglou tourbeux
sous une odeur vaseuse décompostée
c’était des mots humides
qu’il refusait de faire sécher
de peur qu’ils s’évanessent
sous la graisse ricaneuse
qui les avait fait germer
ah ha ah ya ya - ya ya ha ah ha
c’était des mots neige-bourgeons
mi-pavots mi-palmés mi-pelisses
qu’on n’avait pas encore nommés
et qui trottaient sans le dire
dans la cervelle des angagoks
c’était des mots puppés qui avaient aussitôt déguerpi
pour aller jouer avec les chiots-loups
sur la toundra des rochers polis
à l’anse des glaciers ricaneurs
ya ya ha ah ha - ah ha ah ya ya
c’était des mots libres et sans
traduction
qui avaient échappé aux noirs ravennes
et aux grands rapaces du dictionnaire
un jour peut-être quelque chasseur-poète
à pointe d’ivoire
tentera d’en harponner le parfum givré
ou l’élégance miroitante
pour les mélanger à la saveur du silence
j’espère qu’il suivra alors la grande piste
des saisons écarlates
sous la déclinaison de sterne-antarctique
il est des mots qui ne peuvent vivre
que s’ils refusent de se laisser prononcer
je vous en laisse un ou deux en souvenir
aya aya aya ada ada nada
attrapez-les si vous pouvez... »
Morisset, Jean, « c’était des mots mouillés », Chants polaires, Montréal/Arles, Leméac/Actes Sud, 2002, p. 64.
Jean Morisset est un des responsables de l’apparition de la géopoétique au Québec. Il a un jour lu La route bleue (Grasset, 1983), de Kenneth White, où ce dernier dit : « Un jour j’écrirai le grand roman ou le livre de l’Amérique ». Lorsque Jean Morisset a lu cette phrase, lui-même sur la route à l’époque, il s’est dit « pas encore un autre ! ». Il lui a écrit pour lui dire qu’un jour lui-même n’écrirait pas le grand roman de l’Europe, lui a envoyé un texte qui s’appelle « La mer de l’ouest », et, à sa grande surprise, Kenneth White lui a répondu. Ceci a donné lieu à une amitié, à de riches échanges d’idées, c’est de là qu’est en quelque sorte né le pendant géopoétique québécois.
« La mer de l’ouest » a été inspiré par un vol d’avion qui passait de Churchill à Yellowknife : une traversée d’un tiers de continent, la traversée d’une mer, de la taïga-toundra mi-arctique. Une traversée qui permet de voir le continent, qui permet, avec une certaine « vision géographique », de voir le pôle nord d’un côté de l’avion et le Mexique de l’autre. La mer de l’ouest, fantôme par excellence déposé par les Français sur leurs cartes à l’époque où ils étaient certains de l’avoir trouvé, n’existe pas. Cette mer de l’ouest, ainsi que l’ont dit les rectificateurs de géographie aérienne, était une grande illusion. Une illusion qui a fasciné et inspiré Jean Morisset. Le poème La mer de l’ouest était une traversée du nord, d’ouest en est ; il a été publié par Kenneth White dans le premier des Cahiers de géopoétique (Morisset, Jean, « La mer de l’ouest », Cahiers de géopoétique, automne 1990, no 1, p. 73-82. « La mer de l’ouest » a également été publié dans L’homme de glace (Cidihca, 1995) que Jean Morisset considère comme une navigation géographique à travers les continents.
Compte rendu : Virginie Turcotte (doctorat en sémiologie, Université du Québec à Montréal)
***
Discussion avec les gens de la salle
Rapports entre géographie et littérature
Selon le géographe Henri Dorion, tout comme la géopolitique, la géopoétique semble assise entre deux chaises. En géopolitique, cette situation donne lieu à un débat continu en vue de déterminer une fois pour toute si on y fait de la géographie de la politique ou bien de la politique de la géographie. « Mais c’est probablement les deux », soutient Dorion. L’expression géopoétique comprend également deux expressions, géographie et poésie, qui agissent comme deux pôles qui, en se touchant, créent un nouveau langage qui ne serait ni celui de la géographie, ni celui de la poésie.
Pour aider à délimiter le champ de la géopoétique, Henri Dorion nous propose deux exemples. Pour commencer, il rappelle que paraîtra bientôt la seconde édition d’un ouvrage intitulé Noms et lieux du Québec qui rassemble 6 000 toponymes. Signalons qu’il s’agit d’un ouvrage encyclopédique dont la première édition a été réalisée sous la direction de Monsieur Dorion. Ce dernier a eu l’idée de demander au poète québécois Gilles Vigneault de préfacer cette nouvelle édition. Mais Vigneault de proposer d’écrire plutôt une chanson, un poème ou peut-être un conte... Parce que des préfaces, il n’en fait pas. C’est donc un conte de deux pages que ce dernier vient tout juste de faire parvenir à Henri Dorion, un conte qui, selon celui-ci, pourrait bien constituer la meilleure définition qui soit de la naissance d’un toponyme. La manière de Vigneault n’est pas celle du roman, ni de la géographie ; Dorion la qualifie précisément de géopoétique.
Son deuxième exemple porte, cette fois, sur une expérience qu’il a vécue alors qu’il était directeur des expositions au Musée de la Civilisation du Québec. Pour bien s’imprégner de l’essence du sujet d’une exposition qu’il s’apprêtait à diriger, Henri Dorion « s’enfermait dans son bureau » et rédigeait un poème sur le thème à exploiter. Depuis ce temps, ces poèmes, une quinzaine, ont été mis en musique et devraient bientôt donner un disque. En traitant d’un thème d’exposition de façon à la fois géographique et poétique, il faisait de la géopoétique, une activité qui se déploierait essentiellement dans le champ du langage.
Rachel Bouvet soutient que pour faire de la géopoétique, il n’est pas nécessaire de prendre congé de la géographie et de se retirer dans le champ du langage. Et pour cause, en tant que littéraire, lorsqu’elle pratique la géopoétique Rachel Bouvet s’efforce de transgresser les limites du champ du langage pour mieux explorer un objet localisé au centre même de la littérature, soit le rapport multidimensionnel de l’humain à l’environnement. D’après Bouvet, quand ils écrivent à propos des lieux, même les géographes les plus scientifiques pratiquent la géopoétique, quoiqu’à des degrés divers. La géopoétique ne serait pas qu’affaire de création, mais aussi démarche de réflexion. Bref, géographes et littéraires se rejoindraient toujours depuis des endroits différents.
À son tour, Marc Brosseau fait remarquer que le rapport au langage n’est pas le même pour les géographes et les littéraires. Ainsi, pour le géographe qui effectue des relevés de terrain, le langage se présente avant tout comme outil d’enregistrement de données. Toutefois, il n’en demeure pas moins que le géographe ne peut éviter, ou même se passer, d’une certaine utilisation poétique du langage.
Pour André Carpentier, la géopoétique ne serait pas qu’affaire de poésie ou de géographie mais fondamentalement d’attitude envers les lieux. Selon Carpentier, pour être géopoéticien il s’agit, autant pour un géographe, un littéraire ou tout autre spécialiste, de s’écarter des langages programmés pour vivre et parler autrement du rapport aux lieux. Pour être des géopoètes, il s’agirait donc pour les spécialistes de se désinvestir de ce qu’ils sont peut-être un peu trop.
Investir le champ de la géopoétique
Dans la salle se trouvent plusieurs étudiants de géographie dont certains animent le journal Le Magellan, au département de géographie de l’Université Laval. Dans ce journal étudiant, il est parfois question de géopoétique. Comment ces étudiants entrevoient-ils la mise en rapport de la géographie et de la littérature ? Plus fondamentalement, pourquoi s’intéressent-ils à la géopoétique ?
Nicolas Lanouette est étudiant de doctorat. Quand il écrit dans Le Magellan, il s’accorde le droit de parler de la géographie sans avoir à invoquer la liste habituelle des spécialistes reconnus de la discipline. La géographie n’a rien d’un absolu qui surplombe l’étudiant de géographie et qui prendrait la forme d’un ensemble de rites à observer sous peine de... Lanouette croit en la valeur de sa discipline et il utilise le détour de la métaphore pour alimenter à sa manière une discussion sur la façon de l’enseigner ou d’en faire. Il interroge une institution, qui, comme toutes les autres, aurait toujours intérêt à se ressourcer en moyen du débat.
Quant à Simon Mélançon, il vient de compléter sa maîtrise (ce que nos amis d’outre-Atlantique appellent le « Master ») et il est venu en géographie pour découvrir le monde. Comme bien d’autres, il allait être amèrement déçu, le pratico-pratique étant omniprésent en géographie. Mais qu’à cela ne tienne, il s’est mis à écrire dans Le Magellan pour maintenir la tête en dehors de l’eau, pour soutenir cette discipline qui fait des efforts louables pour aller dans la bonne direction. En souhaitant qu’elle ne nous serve pas pour toujours un monde rendu incompréhensible, parce qu’en pièces détachées.
C’est par la lecture et l’écriture que Simon Mélançon voyage. Par exemple, il aime autant Élisée Reclus que Jules Vernes qui nous ont quitté tous deux il y a cent ans, cette année. Ils étaient littéraires-géographes, à moins que ce ne soit géographes-littéraires. Peut-être faisaient-ils de la géopoétique avant la lettre ! Quoiqu’il en soit, selon Mélançon ces gens-là aident certainement à mieux connaître le monde qui nous entoure.
Alexandre Germain achève son baccalauréat (études de premier cycle universitaire, bachelor degree) et nous quitte pour aller faire sa maîtrise à McGill. Pour Alexandre, la géopoétique explore les marges, utilise un autre regard pour parler du monde et compléter avec bonheur les descriptions scientifiques. Son intérêt pour la géopoétique découle de sa curiosité pour tout cet espace que la science ne peut qu’effleurer. Il est dans la nature d’Alexandre d’aller au devant des limites coûte que coûte. « Le regard, les expériences, c’est ce qui fait l’intérêt de la géopoétique, ajoute-t-il ».
Louis-Edmond Hamelin réagit ensuite à ce qu’il vient d’entendre en se demandant ce qui pourrait l’empêcher, lui, de devenir un géopoéticien.
Tout d’abord, le langage ne pourrait pas constituer un obstacle à sa démarche puisque les géographes savent écrire, utilisent correctement le langage, publient même des dictionnaires, comme Henri Dorion et lui-même l’ont fait, notamment. Mais selon Hamelin, un premier obstacle de taille serait certainement sa formation de géographe, et un second, la manière d’écrire.
Louis-Edmond Hamelin dit avoir eu la chance de recevoir l’enseignement de géographes absolument remarquables, comme les Baulig, De Martonne, Blanchard, Demangeon, etc. dont les livres ont été traduits dans toutes les langues et grâce auxquels la géographie française a déjà été la première du monde. Mais tous ces grands-maîtres ne se préoccupaient guère de l’âme des choses puisqu’ils voulaient coller à la réalité de la Terre. Pour devenir géopoéticien, « il me faudrait délaisser une géographie qui essaie d’être fidèle à la description de la Terre, et des individus qui vivent sur la Terre, évidemment » (Hamelin).
Un deuxième obstacle serait la façon de s’exprimer. Selon Hamelin : « Dans l’ensemble, les géographes sont extrêmement maladroits dans l’art de rejoindre un littéraire ». On les entraîne à traiter de faits et de représentations de sorte qu’ils n’ont donc pas l’habitude de s’approcher des contours de l’âme, ce à quoi excellent les littéraires.
« Donc, j’ai deux côtes à monter pour devenir un géopoéticien. Aurais-je le temps de la monter, la côte... Ça c’est une autre question » (Hamelin).
Selon André Carpentier, en préparant son lexique sur le Nord, Louis-Edmond Hamelin n’avait certes pas l’intention de faire un exercice de géopoétique mais il demeure qu’il est possible d’en faire une lecture éminemment géopoétique. À cela Jean Morisset ajoute qu’Hamelin a su insuffler à ses premiers étudiants, dont lui-même, le désir d’approfondir le rapport des mots aux choses. Morisset en profite pour saluer ensuite le parcours toponymique d’Henri Dorion qu’il qualifie d’exemplaire, de leg d’une valeur inestimable. Enfin, Marc Brosseau déplore que de moins en moins de géographes maîtrisent correctement l’art de la description, un art dans lequel Vidal de La Blache, notamment, était un des maîtres.
Explorer la mémoire des lieux avec les moyens dont on dispose
À son tour, Éric Waddell soutient que la géopoétique a pour objet de redonner la parole aux lieux qui sont toujours chargés de mémoire. Le géographe qui pratique la géopoétique n’a pas à se défaire de son expérience de géographe mais à se mettre à l’écoute des lieux. Nul besoin n’est d’oublier d’où l’on vient, ni de subir la fascination du langage, il s’agit plutôt d’aller plus loin, ailleurs.
« Ce qui est très marquant pour nous, ce n’est pas la littérature, ce ne sont pas les grands textes, les grandes œuvres, mais c’est le fait d’avoir vécu ailleurs. C’est ce passage-là qui vous marque à tout jamais. Et puis c’est le choc, et puis le silence qui fait partie de ce passage-là » (Waddell).
Mais cet « ailleurs » se trouve parfois tout près de chez-soi, dans les ruelles des grandes villes, par exemple, là où la mémoire est omniprésente.
D’autre part, Marc Brosseau dit retrouver chez André Carpentier cette méfiance qu’éprouvaient les géographes humanistes des années 1970 à l’endroit du langage desséchant de la science appliquée aux lieux. Les géographes humanistes s’intéressaient avant tout à l’expérience immédiate des lieux, étaient informés de phénoménologie, etc. Mais, soutient Brosseau, dès lors qu’on a recours au langage, l’expérience immédiate nous glisse irrémédiablement entre les doigts puisque médiatisée par les structures et les préconçus du langage lui-même. Il faut donc « faire avec » le langage, l’apprivoiser.
Selon Hélène Guy, la géopoétique, en tant que genre, n’aurait rien d’une chose achevée, parce qu’informée de pratiques diverses. En ce sens, la géopoétique n’aurait pas à contester la géographie, la littérature ou bien la philosophie, par exemple, mais bien à les exploiter pour mieux s’enrichir puisque : « Ces disciplines souches sont toutes contributoires de la géopoétique » (Hélène Guy). La géopoétique tire profit de l’expérience particulière du géographe, parce qu’il aspire tant à découvrir le monde, du littéraire, qui veut à ce point le réinventer, du philosophe, qui ne s’épuise jamais de l’interroger, etc.
À elle seule, la lecture des livres ne serait pas suffisante, pas plus que la pratique de la géographie ou de la philosophie, ou d’une discipline particulière quelle qu’elle soit. Pour exploiter de façon géopoétique le rapport au monde, il faudrait l’amalgame de la réflexion et de l’expérience sensible.
Henri Dorion admet qu’en géopoétique l’attitude adoptée dans le rapport au terrain serait déterminante, mais rappelle qu’il ne faudrait pas pour autant faire fi de l’importance du langage. On peut laisser de côté l’habit scientifique mais demeurer quand même géographe ou philosophe ou médecin. Récemment, un éditeur lui soumet un texte à évaluer, un texte qui relèverait de la géopoétique, selon cet éditeur. Il s’agit d’un recueil de poèmes sur la Russie, un pays que Dorion affectionne tout particulièrement. Par exemple, un poème y évoque merveilleusement les tempêtes de neige de Sibérie... bien qu’il n’y ait pas de bancs de neige en Sibérie ! Tous ces textes réinventent la géographie russe. Et Henri Dorion de recommander chaudement la publication de ce beau livre de poésie, mais en suggérant à l’éditeur d’oublier la particule « géo », dans « géopoétique » !
Une véritable soif à assouvir
« Quand on a écrit une grosse brique sur le Saint-Laurent, on ne peut pas s’être assis devant ce fleuve majestueux sans jamais avoir ressenti une émotion considérable » (Carpentier).
C’est sans doute parce qu’on éprouve une forte émotion devant ce grand fleuve, ou bien les noms de lieu, que l’on brule de les étudier scientifiquement. En fait, ces deux activités s’alimenteraient l’une l’autre au point de former un couple indissociable.
Caroline Desbiens ajoute que l’on s’intéresse probablement à la géographie à cause du lien affectif qui, justement, nous unit à la Terre. Elle insiste sur le fait que les géographes, parce qu’ils recréent des paysages au moyen des mots, émeuvent inévitablement à chaque fois. Elle cite à cet égard les études réalisées il y a un moment déjà par les Guimond et Laverdière pour le compte d’Hydro-Québec. Ils y décrivent des paysages nordiques qui font rêver...
***
L’Atelier québécois de géopoétique a été fondé il y a un an. Il profite de notre rencontre, au Café Chez Temporel, pour procéder à un lancement, celui de son premier Carnet de navigation. Ses membres comptent organiser au moins deux fois l’an des ateliers nomades afin de vivre des expériences collectives à la fois scolaire, scientifique et littéraire. L’Île-Verte a été leur premier point d’arrêt, parce qu’on y trouve le premier phare du Saint-Laurent, que l’endroit est situé en face de l’embouchure du Saguenay, enfin, parce qu’il s’agit d’un haut-lieu du Québec. En mai 2005, ils étaient trente à s’y mettre à l’écoute du lieu, tous marqués qu’ils étaient par des parcours de vie différents. L’expérience se serait avérée fort émouvante et un petit ouvrage en a découlé, un premier Carnet de navigation.
Par la suite, une seconde rencontre de l’Atelier a eu lieu, cette fois, au Refuge à Jouvence. Et bientôt une troisième leur donnera l’occasion de se mettre à l’écoute des ruelles de Montréal. Les membres de l’Atelier québécois de géopoétique comptent ainsi exploiter toutes les facettes du paysage québécois. Waddell signale que les ateliers nomades ne sont pas réservés exclusivement aux profs et aux gens sérieux...
« La traversée vous offre maintenant un verre de rouge ou de blanc ! » (É. Waddell)
Jules Lamarre : « Mesdames et Messieurs, applaudissons nos invités ! »
Synthèse des échanges par :
Jules Lamarre, Ph.D.
Adjoint à la rédaction, Cahiers de géographie du Québec
Chercheur associé, Groupe de recherche en développement international
