Références de cet article
Rédacteurs(s) du texte: Alexandra Monot
Numéro du document: 681
Date de publication: 27 juillet 2005
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Cinéma
Madagascar (Dreamworks)

Le film d’animation Madagascar (studios Dreamworks) s’ouvre sur le zoo situé au cœur de Manhattan, à New York. S’y côtoient et s’y apprécient un lion, Alex (l’attraction majeure du zoo qui tous les jours fait son « show » devant les visiteurs), un zèbre, Marty (qui rêve de la vie sauvage), un hippopotame, Gloria (très maternelle), une girafe hypocondriaque, Melman et quatre pingouins (entraînés militairement par leur chef et qui cherchent par tous les moyens à s’évader). Les animaux y sont choyés quotidiennement : la girafe voit ses soigneurs qui la bourrent de médicaments, le lion est toiletté et massé, le zèbre est bouchonné tandis qu’on lui apporte sur un plateau de l’herbe fraîche. Un monde surprotégé dans lequel le lion est l’ami du zèbre. Ici tout est contre-nature : le lion mange des steaks et ne sait pas que le zèbre se mange, les animaux vivent à des températures différentes de celles de leur milieu naturel et ont des aménagements spécifiques (le lion a son chauffage électrique personnel), ils ne supportent pas les bruits de la jungle qu’on leur transmet dans les haut-parleurs et sont habitués aux bruits de la ville (sirènes, klaxons, circulation), tandis que leur horizon est formé par la skyline des buildings new-yorkais. A la suite de moult péripéties, les quatre amis sont envoyés par une ligue de protection des animaux en Afrique (dans une réserve naturelle au Kenya) afin de participer à un programme de réintroduction en milieu naturel. Mais, c’est sur l’île de Madagascar qu’ils atterrissent et découvrent que la vie sauvage n’est pas du tout ce qu’ils imaginaient : dans ce monde les herbivores sont mangés par les carnivores, le confort est moindre et le danger menace à tout instant.

Ce film d’animation est une critique en règle du monde des zoos : un résumé du monde de la vie sauvage, un territoire de l’enfermement, où les animaux sont aimés des spectateurs par leur proximité et l’artificialité du monde qui leur a été recréé et qui les rend plus domestiques et moins sauvages. De nombreuses questions jaillissent : quelle est la frontière entre l’Homme et l’animal ? Quelle est la place de l’animal dans le monde des Hommes ? Ici les animaux ont des comportements humains (situation encore accentuée par le principe même du film d’animation qui attribue aux animaux des réactions et des pensées proprement humaines pour que le spectateurs s’identifient aux personnages, une sorte de mise en abîme en somme de l’humanité et de l’animalité). On voit alors surgir chez l’Homme une part d’animalité et chez l’animal une part d’animalité, dans un contexte d’une nouvelle sensibilité, celle de l’écologisme et de la protection des animaux. Dans la jungle de Madagascar, les animaux ont par ailleurs une place spécifique en fonction de leur appartenance : les herbivores vivent dans un jardin d’Eden (arbres aux fruits succulents, lac brillant au pied d’une cascade, vaste pelouse d’agrément) alors que les carnivores vivent au milieu des cactus et du sable dans un lieu dont le sinistre est accentué par la noirceur du ciel. Au delà de l’étonnante juxtaposition de milieux aussi divers que la jungle et les zones semi-arides, on peut s’interroger sur cette vision bien urbaine de la vie sauvage. Le principe des programmes de retour à la vie sauvage est également dénoncé : comment des animaux habitués au zoo, où ils n’ont pas besoin de lutter pour survivre, peuvent-ils être réintroduits dans leur milieu naturel ?

Madagascar est un spectacle drôle où l’animal est un élément a-spatial qui participe de la zoogéographie, courant géographique à développer. Le zoo exploite et construit une différence entre l’ici et l’ailleurs, entre la culture et la nature, entre la civilisation et la barbarie (civilisation symbolisée par l’amitié entre Alex le lion et Marty le zèbre, barbarie montrée par la volonté d’Alex de manger Marty une fois redevenu sauvage et par la bestialité des carnivores).

A lire sur le site des Cafés géo :
-  Bénabar géographe ? A propos du zoo de Vincennes
-  La place de l’animal (Espaces et sociétés, vol. 110-111)
-  Les sociétés animales (Jacques Goldberg)
-  Le Loup dans le Mercantour : un conflit d’utilisation de l’espace
-  Y a-t-il une géographie du territoire animal ?

Critique : Alexandra Monot


URL pour citer cet article: http://www.cafe-geo.net/article.php3?id_article=681


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