Comme Yves Montenay se plaît à le rappeler dans son introduction, il n’est pas un littéraire : c’est un matheux passionné par la langue française, son histoire et son bon usage. Pourtant il connaît déjà la fin de l’histoire : en dépit du rôle des explorateurs français, de l’ancien statut diplomatique de la langue française, c’est l’anglais qui s’impose désormais sur la scène internationale. Aujourd’hui, rare sont ceux qui se préoccupent de la défense du français ; celui-ci a un passé prestigieux mais a-t-il seulement un avenir ?
C’est un fait indéniable, le français est de moins en parlé à travers le globe ; chaque jour, il perd des positions face à l’anglais. Les instances créées pour asseoir ses positions, comme la Francophonie, ne semblent pas suffisantes pour contrer l’hégémonie de la langue de Shakespeare et de Bill Gates. Pourtant, dans un contexte de « choc des civilisations » en proie à de multiples affrontements et à de nombreuses recompositions, la langue française a un rôle à jouer et au-delà une vision du monde à promouvoir.
Pour comprendre la situation actuelle du français, il est indispensable de commencer par retracer sa lente évolution, depuis ses origines latines. Sous l’Ancien Régime, l’Europe des élites parle le français, langue des arts et de la diplomatie par excellence. L’Académie de Berlin s’interroge, lors de son concours annuel, sur les raisons qui font du français la langue universelle.
Les évolutions économiques, les révolutions industrielles, l’expansion du commerce mondial marquent le début du recul de la France sur la scène internationale (et donc de son idiome) au profit de l’anglais parlé au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. La mondialisation actuelle consacre cette nouvelle hégémonie linguistique ; au-delà des simples mécanismes de diffusion, c’est une part de l’idéologie libérale occidentale qui se répand et imprime toutes les cultures.
Ce tableau ne doit pas faire oublier que le français est encore très parlé. A la surface du globe, de nombreux groupes de populations l’utilisent encore, pour des raisons historiques (comme en Afrique, en Amérique du Nord) ou culturelles (comme en Europe centrale où le français était largement enseigné même pendant la période communiste). Pour ces groupes le français est une part de leur identité et un vecteur de leur culture.
L’ouvrage se conclut par quelques réflexions en forme de programme pour défendre le français et lui rendre son lustre d’antan. Il faut réformer en profondeur la Francophonie, la rendre plus proche des gens. Surtout, il faut adapter cette institution à la situation actuelle. Le français doit être utilisé comme un vecteur de coopération et susciter des échanges intenses entre le Nord et le Sud, aussi bien pour les échanges scientifiques et universitaires que pour les relations commerciales. C’est seulement en comprenant les défis du monde actuel que le français pourra affronter le XXIe siècle.
Compte rendu : Yann Calbérac
