Comme le rappelle dans sa préface le géographe Michel Foucher, Ambassadeur de France en Lettonie, cette dernière est un pays dont on parle fort peu en France ; cette méconnaissance est d’autant plus paradoxale que les deux pays entretiennent des relations anciennes et que la Lettonie a participé, le 1er mai 2004, à l’élargissement vers l’est de l’Union Européenne. La Lettonie en Europe, Atlas de la Lettonie de Pascal Orcier entend combler cette lacune et de découvrir ce pays, son organisation spatiale, son histoire et de sa culture. Cet ouvrage bilingue (français letton) de plus de 200 pages est le fruit d’un long travail de collecte d’informations dont la conception témoigne de la très bonne connaissance du pays par son auteur ainsi que la vitalité de la coopération franco-lettonne. Il se présente comme un atlas, c’est-à-dire une collection de cartes dont l’abondance (144 cartes) et la qualité sont à souligner. Les textes, nombreux et denses, s’appuient sur les cartes dont ils constituent le commentaire. L’ouvrage est organisé en six grandes parties.
La première présente l’histoire du pays. En effet, la spécificité du passé de l’actuelle Lettonie tient à l’ancienneté de son occupation humaine par les proto baltes, puis les Vikings s’installent dès le VIIe siècle sur la rive orientale de la mer Baltique. C’est à l’époque de la Hanse, cette association marchande, que les villes baltes se développent grâce au commerce. La caractéristique de cette région est d’avoir été longtemps sous l’influence étrangère. Ainsi, se succèdent au cours de l’Histoire les influences des Chevaliers teutoniques (XIIIe et XIVe siècles), puis des Polonais au XVIe, des Suédois (XVIe et XVIIe siècles). Dès le XVIIIe siècle, la Lettonie est intégrée à l’Empire tsariste auquel elle donne une façade maritime. La Première guerre mondiale permet à la Lettonie d’accéder à son indépendance ; en 1921 elle est admise à la Société des Nations et sa Constitution est promulguée en 1922. La Seconde guerre mondiale met fin à cette courte période d’indépendance : la Lettonie est successivement occupée par les nazis puis par les Soviétiques : venus en libérateurs, ces derniers n’en repartent pas et la Lettonie est intégrée à l’URSS. Ce n’est qu’en 1991, après l’effondrement de l’URSS, que la Lettonie accède à une seconde indépendance.
Sans connaissance de ce passé il est impossible de comprendre les défis que doit aujourd’hui affronter le pays, notamment son choix de s’arrimer à l’Europe occidentale, efforts qui ont abouti à son intégration dans l’Union Européenne et l’OTAN. La deuxième partie de l’ouvrage - la plus longue - présente un tableau exhaustif de la Lettonie d’aujourd’hui : les maillages administratifs, les structures socio-démographiques, les équipements, les productions et les services. Les résultats des dernières élections ou encore les résultats du référendum de 2004 sur l’adhésion à l’Union Européenne sont aussi analysés. La question linguistique est longuement développée : loin d’être seulement « culturel », cet aspect a aussi une signification politique très forte. En effet, le passé soviétique se traduit par la présence d’une importante minorité russophone qui revendique la reconnaissance officielle de la langue russe et l’attribution automatique de la citoyenneté lettonne qui leur a été refusée en 1991. Ils sont considérés en Lettonie comme des non-citoyens (et non comme des apatrides) et ne jouissent d’aucun droit politique. Cette question envenime les relations avec la Russie limitrophe tout en témoignant de la volonté du pays de rompre définitivement avec son passé.
Grâce à des cartes à différentes échelles (locale, régionale ou nationale), les politiques actuelles de développement régional, prônées par Bruxelles et mises en œuvre par le gouvernement sont aussi précisément traitées. Riga, la capitale, connaît l’essor économique le plus marqué alors que les autres régions du pays, comme la Kurzeme (à l’ouest), la Vidzeme (au nord) ou la Zemgale (au sud) suivent des trajectoires différenciées. C’est la Latgale (à l’est, à la frontière russe) qui semble connaître le plus de difficultés : l’héritage industriel soviétique en déclin explique le faible dynamisme économique et démographique de cette région qui concentre les plus grands handicaps. Dans cette perspective, le rééquilibrage du territoire est l’un des enjeux des politiques menées actuellement.
Enfin, les quatre dernières parties étudient la position et le rôle de la Lettonie dans son environnement, à des échelles variées. Ainsi, depuis la chute de l’URSS, l’ensemble nordico-baltique se transforme et se restructure : les échanges et les formes de coopération s’intensifient entre les deux rives de la Baltique. Une nouvelle région est en train de se constituer dans laquelle les Etats baltes sont parties prenantes. A une autre échelle, l’élargissement de l’Union Européenne modifie en profondeur la géographie de l’Europe centrale, notamment en terme de réseaux. Pendant près de cinquante ans les relations ont été coupées entre l’est et l’ouest du continent : il faut maintenant « réunifier » le continent, reconnecter ses réseaux de transport. Les projets de corridors (axes prioritaires de transport), impulsés par Bruxelles, vont jouer un rôle important. Enfin, la position périphérique de la Lettonie peut servir d’atout dans le cadre des politiques de développement transfrontalier ; ainsi, elle sert de tête de pont pour engager des projets de coopération avec des régions russes ou biélorusses qui seront peut-être amenées, un jour, à se rapprocher davantage de l’Union Européenne. A l’échelle mondiale, la Lettonie, en dépit d’une faible population (près de 2,3 millions d’habitants) étend ses relations avec le reste de la planète : ainsi, son réseau diplomatique se développe et la Lettonie est de plus en plus connue sur la scène internationale. Le nom de sa présidente circule même dans les couloirs de l’ONU pour succéder à Kofi Annan !
C’est donc un portrait clair et exhaustif de la Lettonie, complété par de nombreuses références en ligne, que brosse Pascal Orcier dans La Lettonie en Europe, Atlas de la Lettonie. L’abondance d’informations, la clarté des cartes et la facilité avec laquelle le lecteur navigue dans l’ouvrage feront incontestablement de cet atlas l’un des premiers ouvrages de référence sur ce pays. Un seul regret toutefois : l’absence de photos qui pourraient compléter certaines analyses, notamment celles sur Riga et son patrimoine architectural classé à l’UNESCO. Il faut peut-être y voir là une invitation à visiter le pays après l’avoir parcouru par des cartes !
Compte rendu : Yann Calbérac
