Situé au carrefour entre Asie et Pacifique, plus précisément entre l’Indonésie et l’Australie, le Timor est une île coupée en deux : le Timor Leste, ancienne colonie portugaise, occupe la partie orientale de l’île (plus l’enclave d’Oecussi et les îles d’Atauro et Jaco), tandis que la partie occidentale de l’île, anciennement intégrée aux Indes Néerlandaises, fait partie de l’Indonésie. Petit pays d’à peine 15 000 km², le Timor Leste compte 1 011 000 habitants (estimation 2005. Recensement 2004 : 923 198 habitants).
Le Timor a été le siège de l’un des drames les plus graves de la fin du XXè siècle. De 1975, date de l’invasion indonésienne, à octobre 1999, referendum pour l’autodétermination puis retrait de l’armée indonésienne (80% des infrastructures - maisons, écoles, bâtiments divers, routes, ponts... ont été détruites lors de ce retrait), plus de 180 000 personnes au total ont trouvé la mort. Administré par les Nations Unies durant trois ans, le Timor Leste est devenu indépendant le 20 mai 2002. L’idée, avec cette exposition de photos, n’est pas de parler du passé, mais plutôt, pour les organisateurs et les photographes, d’être une fenêtre sur le présent, de montrer un "Timor au temps de la paix", un Timor qui se reconstruit et qui fête ses quatre ans d’indépendance. Une Nation qui reste fragile, dont la stabilité est liée à l’établissement d’une culture de la paix, au développement économique et notamment à l’amélioration des secteurs fondamentaux - agriculture, santé, éducation -, et à la poursuite et réussite du système démocratique mis en place.
Composée de 52 photos (couleur et noir-et-blanc), cette exposition a permis de réunir 23 auteurs provenant d’horizons très divers, Français et Timorais majoritairement, photographes professionnels et amateurs. Les dix professionnels : sept d’entre eux font partie (et sont fondateurs) de l’Association des Photographes de Timor Leste (TILPA). La plupart ont déjà remporté des prix avec leur travail photographique et travaillent actuellement pour des médias timorais. Les trois autres photographes professionnels sont français : Olivier Duffau, qui a effectué neuf séjours au Timor depuis 1989 ; Martine Perret, restée plus d’un an et demi en 2003-2004 avec des missions pour diverses ONG et les Nations Unies ; Agnès Dherbeys, qui y est partie en 2006 pour explorer les thèmes de « l’indépendance » et de la « maternité ». Les treize autres auteurs sont des photographes amateurs dont, la plupart, ont travaillé (ou travaillent encore) pour les Nations Unies, le PNUD ou une ONG. Cette exposition a également réunit plusieurs chercheurs en géographie, en ethnologie ou en Sciences Po, comme Frédéric Durand (notamment l’auteur de Timor Lorosa’e, un atlas géo-historique sorti en 2002), Stéphane Dovert (auteur de Timor Est, le génocide oublié, paru en 1992 sous le pseudonyme de Gabriel Defert), Brigitte Renard-Clamagirand (des séjours longs entre 1966 et 1970 pour des recherches - et un livre - sur Marobo, une société ema de Timor), Marie Redon (qui prépare sa thèse sur les îles coupées en deux, dont Timor), Christine Cabasset-Semedo (sur le thème du tourisme).

Sans sujet imposé en dehors de « l’exigence » que les photos aient été prises à partir de 2002, deux traits majeurs émergent cependant de cette exposition : d’une part, les photographes ont trouvé, dans l’ensemble, leur inspiration dans le monde rural, où vivent 74% de la population totale ; d’autre part, au-delà des quelques paysages, de rizières par exemple, ou des vues aériennes qui permettent de mettre en relief le cadre montagneux du pays (qui s’élève jusqu’à 3 000 m), cette exposition est surtout "humaine" avec nombre de personnages, scènes du quotidien, et portraits. Les photos présentées racontent, évoquent, souvent avec mouvement et joie, le Timor d’aujourd’hui, en déroulant quelques fils conducteurs, comme les enfants par exemple : thème récurrent, symbole fort de l’avenir du pays, les regards se tournent vers eux. Le nombre de photos d’enfants indique, en filigrane, qu’ils sont nombreux aussi. Après la guerre, le temps de la paix est aussi le temps de la croissance démographique : 43 % de la population du Timor a moins de 15 ans. D’ailleurs, avec 7 enfants par femme, l’ICF est l’un des plus forts au monde. Ce qui pourrait nous emmener dans une longue conversation sur les femmes, le rôle que beaucoup d’entre elles ont joué dans la résistance, leur rôle social, économique ou politique actuel, les quotidiens difficiles auxquelles un très grand nombre d’entre elles sont confrontées. On voit sur une photo des enfants courir vers l’école... avec un taux de scolarisation des enfants en âge d’aller à l’école primaire de plus de 78%, l’effort dans le secteur de la scolarisation est certain... sachant que 10 à 30 % des enfants ne vont pas à l’école, les parents ne pouvant en assumer les frais ; sachant aussi que l’analphabétisme des adultes touche toujours 50 % de la population. L’éducation, notamment celle des fillettes et des femmes, est l’une des priorités de l’Etat et des ONG.
Au cœur de la vie sociale, les cérémonies sont un autre thème fort. Les cérémonies catholiques, mariage, sortie de l’église... nous rappellent que la population est très majoritairement (94 %) catholique ; la photo de ces femmes en prière à la mosquée de Dili ne met que mieux en relief l’existence, ancienne, d’une petite communauté musulmane. C’est là, d’ailleurs, l’un des points à souligner : alors que la population est officiellement chrétienne à presque 100%, l’Etat est laïc selon la Constitution et le Premier Ministre issu des premières élections démocratiques est un musulman. Les cérémonies « traditionnelles », très représentées sur ces photos par la danse, sont le meilleur témoignage de l’importance accordée aux rites et autres manifestations culturelles en dépit d’une longue période de destructions et de négation... Ainsi, les taïs (ikat en indonésien), ces tissages qui constituent traditionnellement l’un des biens de grande valeur, fondamentaux dans les alliances inter-claniques, sont aussi aujourd’hui source de revenus lorsqu’ils sont vendus comme souvenir aux étrangers. D’autres thèmes importants, relatifs aux emplois agricoles et aux ressources alimentaires sont évoqués, comme la riziculture, la pêche, les marchés...
Présentation : Christine Cabasset-Semedo
Cette exposition est organisée par l’Association France-Timor Leste, avec le concours de l’Association des Photographes de Timor Leste (TILPA) ; elle est ouverte du 26 avril au 22 mai 2006, à La Passerelle, 3 rue Saint Hubert 75011 Paris (Ouverture : mardi au samedi à partir de 16h ; lundi à partir de 19h). L’entrée est libre. L’exposition est également présentée du 15 septembre au 15 octobre 2006, au Consulat du Portugal à Paris
Contact Association France-Timor Leste : francetimorleste arobase free.fr
Les photographes
Equipe TILPA : Candido Alves, Joao Vas, Mario Jonny dos Santos, Suzana Cardoso, Yahya Lambertz, Ze’sopol Carlito Caminha ainsi que Rose Magno, photographe américaine.
Autres photographes : Agnès Coutou, Agnès Dherbeys, Alda Pereira, Brigitte Renard-Clamagirand, Carlos Semedo, Christine Cabasset-Semedo, Dagmar Daillant, Frédéric Durand, Kym Smithies, Marie Redon, Martine Perret, Olivier Duffau, Renato Wada, René Barreau, Sébastien Daridan et Stéphane Dovert.
A signaler aussi que cette exposition va être amenée à circuler par la suite en association, ou en parallèle, avec l’expo-carto de Frédéric Durand : Timor 1250-2005 : 750 ans de cartographie et de voyages.
