L’île de Timor, au carrefour des mondes asiatique et océanien, représente une petite tâche de couleur à l’échelle du globe terrestre. Pourtant, cette terre plus grande que la Belgique recèle une grande diversité tant naturelle qu’humaine. Timor est aussi le nom d’une mer par laquelle sont passés bien des navires, célèbres ou oubliés.
Cette exposition a été présentée dans une version portugaise à Dili en novembre 2005 et à la bibliothèque municipale de Lisbonne en décembre 2005. Elle s’inscrit dans le cadre d’une recherche soutenue par l’IRASEC (Institut de Recherche sur l’Asie du Sud-Est Contemporaine-Bangkok), la Fundação Oriente et l’amicale France-Timor Leste. Elle s’efforce de lever une partie du voile qui couvre cette île que s’étaient partagés pendant des siècles Hollandais et Portugais, mais qui est surtout connue pour son histoire contemporaine tragique de 1975 à 1999. En effet, loin d’être une île « sauvage », « pauvre », où tout serait à reconstruire depuis zéro, comme on le lit ou l’entend souvent dans les médias, Timor est une île riche d’une histoire complexe et surprenante à bien des égards.
L’exposition s’attache à en montrer les aspects les plus marquants depuis les premières chroniques chinoises qui l’évoquent vers 1250 jusqu’au milieu du 20ème siècle, en croisant deux éléments majeurs : la cartographie et les voyages.
Par-delà les discours sur l’ancienneté de la découverte et de la colonisation, et dans un contexte où beaucoup d’archives textuelles ont disparu, les cartes permettent de prendre la mesure de la connaissance limitée qu’ont longtemps eu les étrangers, commerçants, explorateurs et conquérants. D’origines très diverses : anglaises, espagnoles, flamandes, françaises, italiennes, portugaises... ces cartes révèlent une construction très lente de la représentation géographique, avec parfois des régressions dans la connaissance. De fait, Hollandais comme Portugais n’ont vraiment colonisé l’intérieur des terres qu’à partir des années 1910 et il a fallu attendre quatre siècles de tâtonnements après la première carte de Francisco Rodrigues en 1512 pour que l’administration coloniale portugaise ne produise enfin la première « ébauche » de carte précise de l’île, en 1927.
Parallèlement, Timor s’est trouvée sur la route de bien des voyages, dont certains ont eu un grand retentissement dans l’histoire. Ainsi, après deux ans de tourmente, ce qui restait de la flotte de Fernand de Magellan est passé à Timor en 1522 lors du premier voyage autour du monde. Au milieu du 18ème siècle, le botaniste Pierre Poivre a séjourné dans l’île à la recherche de girofliers et de muscadiers, qu’il voulait transplanter dans les îles Maurice et de la Réunion, afin de briser le monopole hollandais sur les épices. En 1789, abandonné sur une chaloupe au milieu de l’océan Pacifique, le capitaine Bligh du célèbre Bounty était tellement effrayé par la sauvagerie des Polynésiens qu’il a décidé de parcourir 8 300 kilomètres sans s’arrêter afin de rejoindre Timor qu’il considérait comme la terre civilisée la plus proche.
La connaissance sur cette île doit également beaucoup aux grandes expéditions françaises à la découverte des terres australes et particulièrement à celles de Nicolas Baudin (1800-1803) et de Louis-Claude de Freycinet (1817-1820), qui ont toutes deux laissées de nombreuses études et gravures. De même, les naturalistes britanniques Alfred Russel Wallace, co-découvreur de la théorie de l’évolution avec Charles Darwin, et Henry Forbes ont laissé des témoignages précieux sur cette terre lointaine, à la fois scientifiques et de voyageurs curieux.
L’exposition, dont le champ historique s’arrête au milieu du 20ème siècle, sera prolongée dans le cadre d’un livre à paraître prochainement :
Frédéric Durand, Timor 1250-2005, 750 ans de cartographie et de voyages, éditions Arkuiris-IRASEC, 520 pages, à paraître à l’été 2006.
Présentation : Frédéric Durand
A lire : Timor : 1250-2005. 750 ans de cartographie et de voyages (Frédéric Durand)
Vous pouvez télécharger le premier panneau de l’exposition au format *.pdf :
